Le jeu de la mort : la télé va-t-elle trop loin ?

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La télévision lance le débat sur son propre pouvoir. Ce soir, France 2 diffuse Le jeu de la mort, un documentaire sur un jeu factice, dans lequel des candidats torturent un homme.


Seriez-vous prêts à torturer quelqu'un si la télé vous le demandait ? C'est probable, à en croire  le documentaire de Christophe Nick, Le jeu de la mort, diffusé ce mercredi soir sur France 2. Un faux jeu télévisé, La Zone Xtrême, est filmé pour voir jusqu'où des candidats sont prêts à aller. Et la réponse fait froid dans le dos : invités à punir ceux qui donnaient une mauvaise réponse, 81 % des participants n'ont pas hésité à administrer des décharges électriques qui pouvaient se révéler mortelles.

Un extrait du Jeu de la mort :




Le jeu de la mort s'inspire de l'expérience menée à l'université de Yale par Stanley Milgram dans les années 1960 pour sonder les mécanismes de la soumission des Allemands aux nazis. Une expérience qu'Henri Verneuil avait mise en scène dans I comme Icare en 1979, devant les yeux ébahis d'Yves Montand, l'interprète principal du film. Pour en voir un extrait, cliquez ici.


« Quand la télé abuse de son pouvoir... »

Didier Courbet, chercheur en sciences de l'information et de la communication, a encadré l'expérience. Etonné des résultats aussi élevés de celle-ci, il constate : « Aujourd'hui dans notre société, la télé c'est une réussite sociale, ce sont les people... Et ici, elle exerce un pouvoir tel que des personnes sont capables soit de commettre des actes de torture, soit de voir les autres en commettre, sans même réagir. »

En effet, dans le public, personne n'a été choqué par ces séances de torture. La preuve, pour les psychologues qui ont encadré cette expérience, qu'aujourd'hui, pour la télévision, on est prêts à faire n'importe quoi... Comme l'explique Christophe Nick, le réalisateur du documentaire : « on est manipulable face à un pouvoir qui abuse de son autorité. Il y a un public derrière moi qui m'applaudit, huit caméras autour, une animatrice qui m'encourage à continuer... Comment puis-je me lever et arrêter ça ? C'est pas possible. Et donc, quand la télé abuse de son pouvoir, les gens sont tétanisés et ils en sortent lessivés, en se demandant ce qui leur est arrivé et en se disant : je me suis vu en train de faire ce que je ne voulais pas faire et je n'arrivais pas à l'arrêter. »

« Pour alerter contre les dérives de la télévision »

Pousser les candidats à torturer n'est pas sans conséquence. Les candidats ont bénéficié d'un suivi psychologique dès la fin de l'expérience. Dominique Oberlé, professeur de psychologie sociale à Paris X, explique comment elle a encadré les participants : « On a été très présents juste après l'expérience, pour leur expliquer tout de suite les subterfuges et pour écouter ce qu'ils avaient à en dire. Ils étaient tous extrêmement soulagés de savoir que les chocs électriques étaient faux. Et ils nous ont tous dit : vous avez raison de faire ça, c'est très important d'alerter contre les dérives de la télévision. »