La Grèce à la croisée des chemins, un scrutin serré attendu

Votre opinion
- +
Affiche électorale dans une rue d'Athènes. Le résultat des élections législatives de dimanche en Grèce, qui pourrait décider de l'avenir du pays dans la zone euro, s'annonce très serré entre les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et la Coalition de

Affiche électorale dans une rue d'Athènes. Le résultat des élections législatives de dimanche en Grèce, qui pourrait décider de l'avenir du pays dans la zone euro, s'annonce très serré entre les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et la Coalition de

par Greg Roumeliotis

ATHENES (Reuters) - Le résultat des élections législatives de dimanche en Grèce, qui pourrait décider de l'avenir du pays dans la zone euro, s'annonce très serré entre les conservateurs de Nouvelle Démocratie (ND) et la Coalition de la gauche radicale (Syriza).

Ce scrutin est perçu par une partie de la population comme un référendum sur les termes du plan de sauvetage financier imposé à Athènes par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) et qui s'est traduit par un accroissement de la pression fiscale, une hausse du chômage et une réduction parfois drastique des salaires.

Ennemi de l'austérité, le dirigeant de Syriza, Alexis Tsipras, 37 ans, menace de revenir sur ce plan de financement international - "le mémorandum de banqueroute", dit-il - tout en affirmant que la Grèce restera dans la zone euro.

"Nous voterons dimanche avec les yeux fixés sur l'Espagne", a-t-il dit jeudi, mettant en garde les "spéculateurs" qui seraient tentés de parier sur une sortie de la Grèce de la zone euro.

Le week-end dernier, l'UE a offert à l'Espagne une aide pouvant aller jusqu'à 100 milliards d'euros pour aider à la recapitalisation de ses banques en difficulté.

"Cela a été négocié avec succès en dépit des menaces proférées et du chantage exercé par les créanciers. L'Espagne est toujours dans l'euro, sans plan d'austérité", a souligné Alexis Tsipras.

A droite, le dirigeant de Nouvelle Démocratie, Antonis Samaras, 61 ans, estime que lors du vote de dimanche les Grecs devront choisir entre le maintien dans la zone euro et "le cauchemar" d'un retour à la drachme.

"Nous nous acheminons vers des élections qui décideront de l'avenir de la Grèce et de nos enfants", a-t-il souligné vendredi. "Le premier choix que doit faire le peuple grec est entre l'euro et la drachme".

"VOTE DE L'ESPOIR, PAS DE LA COLÈRE"

Antonis Samaras a également affirmé que son pays ne pouvait pas se permettre un troisième scrutin parlementaire et devait former un gouvernement après les élections de dimanche, les deuxièmes après celles, indécises, du 6 mai.

"Une troisième série d'élections est impossible. On n'y résisterait pas"", a-t-il dit lors de sa dernière réunion électorale à Athènes. "Il existe en dehors de la Grèce des gens qui souhaitent que notre pays soit le mouton noir et sorte de l'euro. Nous n'allons pas leur faire ce plaisir."

Le dirigeant conservateur s'est engagé à renégocier les termes imposés par les créanciers internationaux en mettant l'accent sur la création d'emplois.

Les précédentes élections législatives du 6 mai n'ont pas permis de dégager de majorité susceptible de soutenir un gouvernement, ce qui a rendu nécessaire ce nouveau scrutin.

Une victoire de Syriza risque de plonger les marchés financiers dans le chaos alors que les dirigeants du G20 se réunissent à partir de lundi au Mexique pour un sommet largement dominé par la crise en Europe.

"Le vote de demain ne doit pas être celui de la colère mais celui de l'espoir", écrit samedi le quotidien libéral de gauche Ta Nea. "Ce doit être le vote de la Grèce de l'euro, pas de la Grèce de la drachme".

"Les sondages, tout comme les élections du 6 mai, montrent que les Grecs favorables à l'euro sont largement plus nombreux que ceux qui le rejettent ou qui veulent le sacrifier sur l'autel de leurs ambitions partisanes", renchérit le quotidien de centre gauche Ethnos.

MERKEL REFUSE TOUTE RENÉGOCIATION

Les sondages sont interdits depuis deux semaines en Grèce. Les dernières enquêtes disponibles donnaient Syriza et ND au coude à coude. Aucune de ces deux formations en devrait avoir de majorité, ce qui annonce de difficiles négociations en vue de former un gouvernement.

Samedi, la chancelière allemande Angela Merkel a exclu de renégocier des termes de l'accord international de renflouement financier de la Grèce avec le vainqueur, quel qu'il soit, des élections législatives.

"C'est pourquoi il est si important que le scrutin grec débouche de préférence sur (l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement) disant: 'oui, nous honorerons ces accords'", a déclaré la chancelière.

Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, a invité les électeurs grecs à ne pas tourner le dos à la monnaie unique.

"Si la gauche radicale l'emporte, ce qui ne peut être exclu, les conséquences pour la monnaie unique seront imprévisibles", a-t-il dit au quotidien autrichien Kurier.

"Nous devrons parler avec le gouvernement quel qu'il soit. Je ne peux que mettre en garde contre une sortie de la zone euro. La cohésion de l'Eurogroupe serait menacée."

Lors d'une réunion publique à Saint-Sébastien, dans le nord de l'Espagne, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a souhaité une plus grande intégration politique et budgétaire en Europe et a invité les Grecs à ne pas se dissocier de ce mouvement, soulignant que "l'euro est un projet irréversible".

Il a affirmé que son pays allait poursuivre ses efforts pour réduire son déficit budgétaire. "On ne peut pas vivre toujours au-dessus de ses moyens. Par exemple, l'Espagne ne peut pas continuer à avoir deux fois plus d'aéroports que l'Allemagne", a-t-il dit.

Avec Renee Maltezou à Athènes et Michael Shields à Vienne; Jean-Philippe Lefief, Jean-Loup Fiévet et Guy Kerivel pour le service français

REUTERS