Un avion turc abattu par la Syrie, Ankara fera "le nécessaire"

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Le président turc Abdullah Gül a promis samedi que "le nécessaire" serait fait au lendemain de la destruction d'un avion de l'armée de l'air turque par les forces syriennes. /Photo prise 13 juin 2012/REUTERS/Handout

Le président turc Abdullah Gül a promis samedi que "le nécessaire" serait fait au lendemain de la destruction d'un avion de l'armée de l'air turque par les forces syriennes. /Photo prise 13 juin 2012/REUTERS/Handout

par Jonathon Burch et Erika Solomon

ANKARA (Reuters) - Le président turc Abdullah Gül a promis samedi que "le nécessaire" serait fait au lendemain de la destruction d'un avion de l'armée de l'air turque par les forces syriennes.

Son Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a assuré pour sa part qu'il agirait "avec détermination".

Syriens et Turcs, qui ont uni leurs efforts pour tenter de retrouver les deux pilotes de l'avion abattu au large des côtes syriennes, semblent toutefois ne pas vouloir en arriver à une confrontation militaire.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a appelé Ankara et Damas à la "retenue".

Cette affaire pourrait toutefois ajouter une nouvelle dimension à la crise en Syrie, où le régime de Bachar al Assad tente depuis mars 2011 de réprimer un mouvement de contestation qui prend des allures de guerre civile.

De nombreux rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL), la première composante de l'opposition armée, se sont réfugiés à la frontière avec la Turquie. Plus de 30.000 civils syriens ont également fui en territoire turc et le Conseil national syrien (CNS), principale structure politique d'opposition au président Assad, se réunit régulièrement à Istanbul.

L'Irak, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Hoshiyar Zebari, a dit craindre une contagion du conflit syrien aux pays voisins.

Dans cette affaire, la Turquie se montre déterminée. "Il n'est pas possible de couvrir une chose pareille. Tout ce qui est nécessaire de faire sera fait", a déclaré Abdullah Gül qui se trouvait à Kayseri, une ville d'Anatolie centrale, en précisant que le gouvernement était en contact téléphonique avec les autorités syriennes.

RÉUNIONS D'URGENCE

Ankara n'exclut cependant pas que l'avion ait pu pénétrer dans l'espace aérien syrien, comme l'affirme Damas.

Le vice-Premier ministre turc Bulent Arinc a indiqué que l'avion abattu n'était pas un avion de combat mais un appareil de reconnaissance, a rapporté la télévision publique TRT. La presse turque parle d'un F-4 Phantom, un avion de chasse également utilisé pour des missions de reconnaissance.

Pour le président turc, il arrive fréquemment que des avions pénètrent brièvement dans l'espace aérien d'un pays étranger. Il a précisé qu'une enquête déterminerait si l'appareil se trouvait dans l'espace aérien syrien ou turc.

De retour du sommet Rio+20, le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, a convoqué dès vendredi une réunion d'urgence pour étudier les conséquences de cet incident.

Son ministre des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a rencontré samedi des responsables de l'état-major et des services de renseignement.

Une autre réunion présidée par le chef du gouvernement est prévue dans la journée.

Dans un communiqué, l'armée syrienne affirme que l'appareil turc volait à basse altitude, à un kilomètre seulement de la côte syrienne, lorsqu'il a été touché par la défense antiaérienne. Il a d'abord été considéré comme non identifié. Son origine turque a été établie par la suite.

"Les autorités navales des deux pays ont pris contact. Les navires syriens participent aux opérations de recherche des pilotes portés disparus", précise le communiqué syrien.

"PARI CALCULÉ"

La presse turque fait preuve de moins de retenue que les autorités du pays.

"Les Syriens paieront", affirme Vatan, tandis que le quotidien Hurriyet estime qu'Assad "joue avec le feu".

Les spécialistes s'interrogent sur les raisons qui ont conduit la Syrie à abattre l'appareil turc qui se trouvait proche d'un couloir aérien reliant la Turquie aux bases turques du nord de Chypre.

En raison de la tension, les Turcs craignent que Damas ne réactive son soutien aux rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) qui opèrent dans le sud-est de la Turquie.

"Il est possible que les Turcs aient envoyé des avions en réponse à une montée en puissance apparente des activités du PKK", dit Hilal Khashan, professeur de science politique à l'université américaine de Beyrouth. "Il se peut que la Turquie soupçonne la Syrie et l'Iran de soutenir les activités des rebelles kurdes en réponse au soutien de la Turquie au soulèvement syrien."

Pour Yasser Saadeldine, un commentateur syrien d'opposition, "l'armée syrienne pourrait avoir fait un pari calculé en détruisant l'avion turc, dans le but peut-être de remonter le moral des partisans d'Assad après un nombre croissant de défections dans l'armée."

"Des représailles turques conforteraient le fantasme d'après lequel il (Assad) propage l'idée que le soulèvement est un complot de l'étranger", a-t-il ajouté.

L'incident démontre l'efficacité de la défense antiaérienne syrienne. C'est d'ailleurs une des nombreuses raisons de la réticence occidentale à une intervention militaire en Syrie.

De son côté, la Turquie, qui possède la deuxième armée de l'Alliance atlantique, serait un adversaire redoutable pour une armée syrienne déjà aux prises avec un soulèvement qui dure depuis 16 mois.

Bertrand Boucey, Hélène Duvigneau et Danielle Rouquié pour le service français

REUTERS