La croissance chinoise au plus bas depuis trois ans

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LA CROISSANCE CHINOISE

LA CROISSANCE CHINOISE

par Nick Edwards et Kevin Yao

PEKIN (Reuters) - L'annonce vendredi d'un sixième trimestre consécutif de ralentissement de la croissance économique chinoise, au plus bas depuis trois ans, justifie une vigilance renforcée de la part de Pékin, même si certains signes montrent que les mesures prises ces derniers mois pour tenter de stabiliser la situation commencent à porter leurs fruits.

En rythme annuel, le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 7,6% au deuxième trimestre, après +8,1% au cours des trois premiers mois de l'année, une hausse très légèrement supérieure à l'objectif de 7,5% que s'est fixé le gouvernement chinois pour l'ensemble de l'année.

La trajectoire empruntée par l'économie chinoise est surveillée de très près, à plus forte raison dans le contexte actuel marqué par la multiplication des signes de récession en Europe et de ralentissement marqué aux Etats-Unis comme dans plusieurs pays émergents.

"Je dirais que le pire est sans doute passé et que nous allons assister à une certaine stabilisation, même une amélioration de la croissance au prochain trimestre", a commenté Sun Junwei, économiste de HSBC, évoquant l'amélioration de la croissance en rythme trimestriel et la stabilité des statistiques publiées au titre du seul mois de juin.

"Tout cela dépend en grande partie de la vigueur des assouplissements à venir, mais je pense que les chances que les(les responsables politiques) souhaitent répondre au ralentissement de la croissance sont grandes."

La réponse de Pékin aux signes de ralentissement s'est pour l'heure résumée à une série d'ajustements de politique monétaire et budgétaire distillés au cours des huit derniers mois. La banque centrale a notamment baissé ses taux d'intérêt à deux reprises en moins d'un mois.

ESPOIRS DE SURSAUT

Mais ces décisions n'ont pas permis pour l'instant d'enclencher un redressement tangible et l'économie chinoise risque d'afficher sur l'ensemble de cette année sa plus faible croissance depuis 1999.

"A l'heure actuelle, mon obsession n'est pas de savoir quelle a été l'ampleur du ralentissement de l'économie au deuxième trimestre, mais de savoir combien de temps cela va durer", explique Dong Tao, économiste de Crédit Suisse à Hong Kong.

Pour Li Huiyong, économiste chez Wangua Securities à Shanghai, "le ralentissement de la consommation intérieure a pesé sur l'économie chinoise, mais nous pensons qu'elle a atteint un plancher au deuxième trimestre".

Les marchés financiers ont réagi dans le calme aux statistiques de vendredi: la Bourse de Shanghai a terminé pratiquement inchangée, tout comme celle de Tokyo, et les marchés européens étaient en légère hausse en début de séance, soutenus par l'espoir de nouvelles mesures de relance.

"Globalement, il s'agit d'un atterrissage en douceur, mais on peut constater que l'économie chinoise souffre beaucoup", a néanmoins souligné Xianfang Ren, chez IHS Global Insight à Pékin.

"Je suis convaincu à 80% que l'économie va repartir au troisième trimestre après six trimestres consécutifs de baisse. Cependant, si elle ne montre aucun signe de revirement dans les mois qui viennent, les usines vont probablement devoir licencier (...)", a-t-il ajouté.

BONNE TENUE DE L'INVESTISSEMENT

L'emploi est un facteur crucial de prise de décision pour les autorités chinoises, et d'autant plus cette année car le Parti communiste doit désigner d'ici la fin de l'année la nouvelle équipe dirigeante du pays.

La suppression de 20 millions d'emplois dans la République populaire fin 2008 après l'éclatement de la crise financière mondiale avait conduit Pékin )à engager un plan de relance de 4.000 milliards de yuans (514 milliards d'euros environ).

D'autres statistiques publiés par ailleurs ce vendredi notamment montré une croissance de 20,4% sur un an des investissements en actifs fixes depuis le début de l'année, une progression supérieure à celle de 20,1% prévue par le consensus Reuters.

Ces investissements ont été l'un des moteurs de la croissance chinoise au cours de la dernière décennie et constituent un facteur de risque de premier ordre pour les investisseurs, leur croissance étant passée en moins d'un an de près de 25% à 20%.

Ce ralentissement est essentiellement imputable à la volonté du gouvernement chinois de réduire sa contribution à la croissance afin de rééquilibrer l'économie de la République populaire.

Les ventes au détail ont quant à elles progressé de 13,7% sur un an au mois de juin, après +13,8% le mois précédent, alors que la production industrielle est ressortie un peu moins dynamique qu'attendu, avec une hausse limitée à 9,5%.

Jean-Philippe Lefief et Nicolas Delame pour le service français, édité par Marc Angrand

REUTERS