Nouveau massacre en Syrie, paralysie à l'Onu

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Manifestation contre Bachar al Assad à Bennish, près d'Idlib. L'opposition impute au régime du président syrien le massacre de Tremsa, dans le centre du pays, qui a fait jeudi 220 morts et accentué l'indignation des capitales occidentales. /Photo prise le

Manifestation contre Bachar al Assad à Bennish, près d'Idlib. L'opposition impute au régime du président syrien le massacre de Tremsa, dans le centre du pays, qui a fait jeudi 220 morts et accentué l'indignation des capitales occidentales. /Photo prise le

par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon

AMMAN/BEYROUTH (Reuters) - Le massacre de Tremsa, dans le centre de la Syrie, que l'opposition a imputé au régime de Bachar al Assad a accentué vendredi l'indignation des capitales occidentales face au blocage du Conseil de sécurité de l'Onu.

Dans un rapport que Reuters a pu consulter vendredi, les observateurs des Nations unies en Syrie affirment que les forces aériennes du régime syrien opéraient dans le secteur où, selon des opposants, 220 personnes environ ont été massacrées jeudi.

D'après les opposants, la petite localité de Tremsa a été bombardée par des hélicoptères de combat et des chars puis livrée aux miliciens du régime, les "chabiha", qui ont massacré des familles, selon eux. La plupart des victimes sont des civils, affirment-ils.

Dans une lettre adressée vendredi au Conseil de sécurité de l'Onu, Kofi Annan écrit que ce nouveau massacre imputé au régime syrien rappelle une nouvelle fois "de manière tragique et macabre que les résolutions du Conseil continuent d'être ignorées" et qu'il est "impératif" de rappeler le pouvoir syrien à ses engagements.

La secrétaire américaine d'Etat, Hillary Clinton, s'est dit quant à elle "scandalisée" par ces informations qui fournissent "la preuve indiscutable que le régime (syrien) a délibérément massacré des civils innocents".

En France, où le Quai d'Orsay a condamné une "fuite en avant meurtrière du régime de Bachar al Assad", François Hollande a exhorté la Russie et la Chine à changer leur approche de la crise syrienne.

"Si nous avons chaque jour des morts, c'est parce qu'un régime a décidé d'utiliser la force pour écraser sa propre population", a-t-il déclaré vendredi à des journalistes.

"Je dis aux Russes et aux Chinois, pour être clair, en ne faisant rien pour que nous puissions avancer plus directement vers des sanctions plus fortes, finalement c'est le chaos et la guerre qui vont s'installer en Syrie au détriment de leurs intérêts", a ajouté le président français.

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, a estimé pour sa part que ces informations soulevaient de "sérieux doutes" sur les engagements pris par le président syrien dans le cadre du plan de sortie de crise de Kofi Annan.

LES "BÉRETS BLEUS" INTERDITS D'ACCÈS

Avec l'appui de la France, la Grande-Bretagne a fait circuler mercredi soir un projet de résolution invoquant le chapitre VII de la charte des Nations unies, qui peut autoriser le recours à la force, pour faire appliquer le plan de paix élaboré par Kofi Annan et accepté par le pouvoir syrien comme par l'opposition.

Mais l'hypothèse d'une telle résolution se heurte de nouveau à la position de la Russie, qui a réclamé une enquête sur Tremsa et a fait savoir qu'elle n'accepterait aucune résolution du Conseil de sécurité de l'Onu placée sous le chapitre VII.

Dans leur rapport sur la journée de jeudi, les observateurs de la Misnus, la mission de supervision des Nations unies en Syrie, qualifient l'attaque de Tremsa de prolongement de l'opération des forces aériennes arabes syriennes (FAAS)" de Khan Cheikhoun jusqu'à Souran ces derniers jours.

"La situation dans la province de Hama continue d'être très volatile et imprévisible", écrivent les observateurs. "Les FAAS continuent de viser à grande échelle des zones peuplées au nord de la ville de Hama."

Ils ajoutent n'avoir pu se rendre à Tremsa et ne pas être parvenus à entrer en contact avec le commandement militaire local.

Selon le rapport de la Misnus, une patrouille d'observateurs non armés s'est s'approchée à 6 km de Tremsa mais a été stoppée par les commandants de la FAAS, qui ont invoqué des "opérations militaires" en cours.

"NETTOYAGE ETHNIQUE"

Le bilan de 220 morts a été fourni par le conseil révolutionnaire de Hama, pour qui le massacre commis dans ce village majoritairement sunnite relève du "nettoyage ethnique".

"Plus de 220 personnes sont tombées aujourd'hui (ndlr, jeudi) à Tremsa. Elles ont été tuées par des tirs de chars, d'hélicoptères et d'artillerie, et exécutées sommairement", a affirmé ce groupe de l'opposition.

Le village de Tremsa, situé dans une plaine en terrain agricole, est entouré de six villages alaouites perchés sur des collines et qui ont aidé les milices dans leur purge meurtrière, a dit le mouvement. Des barrages de l'armée en bloquent par ailleurs l'accès depuis six mois.

Dans un rapport, le conseil révolutionnaire de Hama dit également que 200 bus, camions, chars et blindé de l'armée ont pris d'assaut la ville dans la matinée et que cinq hélicoptères ont été identifiés quand le bombardement a commencé.

Des rebelles voisins se sont alors empressés de venir défendre le village, provoquant une bataille qui a duré sept heures. Au moins 150 corps ont été tirés par la suite des décombres et des champs voisins. Quarante personnes ont été exécutées sommairement, trente ont été brûlées, tandis que trois familles ont été tuées à coups de hache, selon les opposants.

Si ces informations sont exactes, ce qui est impossible à vérifier du fait des restrictions imposées à la presse, il s'agirait du plus important massacre en Syrie depuis le début du soulèvement contre le président Bachar al Assad, il y a 16 mois.

Une vidéo mise en ligne par l'opposition montre les corps de quinze jeunes hommes aux vêtements tachés de sang, alignés sur des couvertures, victimes selon les opposants du massacre de Tremsa.

La télévision publique a signalé quant à elle la mort de trois membres des forces de l'ordre dans des affrontements à Tremsa et parle d'un massacre commis par des "terroristes armés", sans en fournir le bilan.

Avec Michelle Nichols aux Nations unies; Bertrand Boucey, Jean-Philippe Lefief, Jean-Stéphane Brosse et Hélène Duvigneau pour le service français

REUTERS