Hollande prend (enfin) des risques… mais pas assez

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Dimanche soir, François Hollande était invité au 20 heures de TF1. Le président de la République a pris des risques, mais sans doute pas assez…

Hervé Gattegno

Hervé Gattegno

Son objectif était de dissiper l’impression de flottement qui s’est installée autour de lui et de sa politique. Il y a eu des clarifications, mais trop peu. Et beaucoup de slogans volontaristes : « Je fixe un cap », « je suis en situation de combat », « je sais où je vais »… En fait, il s’est avancé sur 2 points principaux : la prévision de croissance pour 2013, qu’il a ramené à 0,8% –  en surjouant la vertu gestionnaire, mais qui va exiger des économies en plus dont il ne parle pas. Et puis le chômage, qu’il a promis d’enrayer en 2 ans – un vrai engagement, vérifiable, opposable, sanctionnable ; tout ce dont François Hollande a généralement horreur. Ça, c’est un progrès.

C’est précis sur le calendrier mais a-t-il été convaincant sur les moyens d’y parvenir ?

Il a forcé sa nature, mais il reste pas mal d’ambiguïtés. Sur le chômage, on comprend que l’accent est mis sur la compétitivité des entreprises mais il ne veut pas trop le souligner, de peur de paraître se rapprocher de Nicolas Sarkozy. Et sur le droit du travail, il a esquissé une réforme qui mêlerait la flexibilité des horaires à la protection des salariés, comme dans les pays nordiques – mais il reste du brouillard sur les fjords… Au total, on est passé du consensus mou au consensus… urgent. Mais on ne sait pas ce qui se passera si les partenaires sociaux n’arrivent pas à s’entendre. Lui a dit qu’il « sait où il va » ; pour l’instant, c’est une conviction qui lui est toute personnelle…

Il a donné des précisions sur la répartition des 30 milliards à trouver pour réduire les déficits…

Dans ce domaine aussi, il a fait quelques pas. Il reste à connaître le détail des 2 x 10 milliards de prélèvements sur les entreprises et sur les ménages – quand on va décomposer ces nouveaux impôts, beaucoup de contribuables vont se décomposer ! Surtout, il reste un énorme doute sur les 10 milliards d’économies budgétaires : il jure que l’Etat ne dépensera pas plus en 2013 qu’en 2012 ; c’est un gel, pas une économie. En fait, les réductions de dépenses publiques sont prévues mais François Hollande ne veut rien dire, pour ne pas risquer de fâcher qui que ce soit. Là, ce n’est pas le courage qui lui manque, mais la franchise.

François Hollande était très attendu, – sa cote de confiance a beaucoup baissé. A-t-il réussi cet examen de passage ?

Ce qui était frappant, c’était de voir combien il a eu besoin de passer au « je » et à l’affirmation de soi pour montrer qu’il est aux commandes. Il n’était pas si loin du style Sarkozy. Il a même laissé échapper une remarque ironique sur l’inexpérience des ministres – qui vaut en réalité pour lui aussi... Cela dit, il a fait une impasse totale sur l’Europe, qui était troublante. Et il a trop affirmé qu’il avait « anticipé » les difficultés du pouvoir pour ne pas laisser un doute sur son impréparation. Au total, il lui manque toujours du souffle. On verra vite s’il s’est donné un peu d’air.

Pour écouter Le Parti Pris d'Hervé Gattegno de ce lundi 10 septembre, cliquez ici.

Hervé Gattegno