A Marseille, la police corrompue ?

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Et si Marseille était aussi victime de ses flics ripoux ? Alors que les quartiers nord de la principale ville des Bouches-du-Rhône vont être placés en zone de sécurité prioritaire (ZSP), RMC révèle des témoignages édifiants sur certaines pratiques dans la cité phocéenne. Une enquête de l'IGPN (Inspection générale de la police nationale) est d’ailleurs toujours en cours sur des faits graves de corruption présumée dans les quartiers Nord de Marseille alors que, en parallèle, sept policiers du Rhône ont été interpellés pour corruption et trafic d'influence. L'enquête, qui a débuté en août 2011, vise aussi des faits présumés de transmission d'informations par ces policiers à destination d'une famille de Vénissieux. Deux membres de cette famille figurent parmi les personnes placées en garde à vue, les deux autres personnes étant des délégués du procureur.

Yann a justement appartenu à ce service, qu’il vient de quitter. Et des cas de racket, il affirme en avoir vu beaucoup. « Des fonctionnaires qui sont passés du mauvais côté de la barrière vont dans les cités et rackettent des mecs, raconte-t-il. Ils prennent les sacoches de jeunes qui vendent de la résine de cannabis dans la cité, ils les ramènent dans un coin discret et leur passent un deal : « Soit tu nous donnes la sacoche et tu repars libre, soit on te ramène et tu vas en prison pendant un an » ». Le choix est alors évident pour les dealers, qui repartent les poches vides, mais le casier vierge. Dans la sacoche qu’ont alors récupérés les policiers : « de l’herbe, des plaquettes de résine, de l’argent en liquide. Ça peut aller de 500 à 2 000 euros ». Loin d’être occasionnelle, la pratique serait même devenue une habitude, jusqu’à quatre fois par mois, « quand ils ont besoin d’argent ». Et depuis qu’il a quitté le service, Yann, désabusé, ne croit pas que les choses pourront s’arranger. « Ce sont des voyous qui volent des voyous, ça ne s’arrêtera jamais, tout le monde couvre ces gens-là ».

Pire encore, Yann affirme avoir assisté à des cas de corruption ayant permis à des dealers d’éviter d’être pris la main dans le sac. « Certains chefs de groupe ramassent des enveloppes dans les cités. Vous attendez dans la voiture de police, eux ils ont un rendez-vous, et ils reviennent avec une petite enveloppe. S’il y a une grosse descente de police, on leur dit « attention, demain il y aura une descente de stups chez toi ». Les dealers ont alors généralement fait le ménage lorsque la police arrive devant leur porte. C’est d’ailleurs ce que confirme « K. », un ancien dealer dans une cité marseillaise. « On donne des enveloppes, je ne vous le cache pas. On a des gars de la police qui nous appellent, et ils nous avertissent qu’il va y avoir une descente », avoue-t-il.

Alors, la police marseillaise gangrénée par la corruption ? Diego Martinez, du syndicat Unité Police, affirme qu’il n’en est rien. « Ça fait des années que je siège en conseil de discipline et je n’ai pas vu de cas arriver devant cette instance, raconte-t-il. On en reste aujourd’hui à ce que nous pouvons imaginer être des affabulations ».

La Rédaction, avec Lionel Dian