Mariage pour tous : l’église entre dans le débat

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Le gouvernement l’a promis et répété, il ouvrira le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Si la décision semble actée, l’Eglise catholique française ne baisse pas les bras pour autant.
Réagissant à l'interview accordée mardi par la ministre de la Justice Christiane Taubira, au quotidien La Croix et dans laquelle elle dévoile les grandes lignes du projet de loi sur le mariage et l'adoption par les homosexuels, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France (CEF), a affirmé qu'il espérait pouvoir infléchir le contenu du projet de loi. Mais au sein même de la communauté de fidèles, les opinions divergent.

Le blogueur chrétien Erwan Le Morhedec, qui tient le blog « Koztoujours », se dit favorable à l’intervention de l’église dans le sujet. « Je ne vois pas au nom de quoi l’église serait la seule institution en France à laquelle on dénierait le droit de donner son opinion ». En tant qu’opposant au mariage pour tous, Erwan Le Morhedec juge qu’il est nécessaire de laisser une voix discordante au milieu du concert d’avis favorables : « S’il n’y avait pas l’église, le débat serait escamoté, on ferait taire la seule voix qui émet des réserves au prétexte d’une laïcité mal comprise, pour moi ce n’est pas ça la démocratie », juge-t-il.  

Pourtant, d’autres chrétiens estiment que l’église doit rester dans son rang, spirituel et non pas politique. Président de l’association David et Jonathan, un mouvement de chrétiens homosexuels, Patrick Sanguinetti souhaite bien séparer les choses. « Nous sommes contre une certaine arrogance des autorités religieuses, contre le fait que les autorités dictent la position qu’il convient d’avoir, parce que les autorités religieuses, ce n’est pas le parlement. Il faut laisser s’exprimer l’ensemble des catholiques ».

Un avis partagé par certains membres du clergé, comme Monseigneur Gaillot, évêque de Parténia en Algérie qui milite même directement pour l’ouverture du mariage aux homosexuels. « Je trouve que c’est une avancée du droit dans la société, et il y a un droit à l’amour des homosexuels. L’église catholique a souvent exalté l’amour chrétien, l’amour conjugal comme valeur fondamentale.Il faut qu’elle le reconnaisse pour le mariage des homos ». Selon lui, les craintes de ses semblables sont injustifiées, comme elles l’ont déjà été en 1995 : « L’Eglise a peur que ce soit une menace pour la famille traditionnelle. C’était pareil pour le PACS, et on s’aperçoit que ce n’est pas une menace. Il faut que la loi rejoigne un peu la vie des gens ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a promis la loi pour 2013.

La rédaction, avec Antoine Serres