Manifestations anti-américaines dans le monde arabo-musulman

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L'ambassade américaine au Yémen a été prise d'assaut jeudi 13 septembre 2012, à Sanaa.

L'ambassade américaine au Yémen a été prise d'assaut jeudi 13 septembre 2012, à Sanaa.

Des manifestations ont visé jeudi des missions diplomatiques américaines dans le monde arabo-musulman en raison de la tension provoquée par le film islamophobe « L'innocence des musulmans », réalisé aux Etats-Unis et partiellement diffusé sur internet.
Deux jours après la mort de l'ambassadeur des Etats-Unis en Libye et de trois autres Américains dans l'attaque du consulat de Benghazi, dans l'est du pays, et d'une attaque contre l'ambassade américaine au Caire, de nouveaux incidents ont eu lieu en Egypte et la protestation s'est étendue au Yémen, à l'Iran et au Bangladesh.
Le Pentagone a dépêché 50 membres d'une unité antiterroriste des Marines à Tripoli, la capitale libyenne, pour assurer la sécurité de la mission. Deux navires de guerre de l'US Navy font par ailleurs route vers les côtes libyennes.

A Sanaa, plusieurs centaines de jeunes manifestants ont attaqué l'ambassade des Etats-Unis dans l'est de la capitale yéménite. Les gardes de la mission ont tiré en l'air pour repousser les assaillants, qui ont enflammé des pneus à l'extérieur de l'enceinte et escaladé les grilles de l'entrée principale.
Selon une source proche des services de sécurité, l'assaut a fait 15 blessés, dont certains par balles, et douze arrestations ont été effectuées.
Tout le personnel de l'ambassade est sain et sauf, a déclaré un porte-parole de la mission joint au téléphone.
L'attaque a été condamnée par le président Abd Rabbou Mansour Hadi, qui a mis sur pied une commission d'enquête.

Au Caire, 200 manifestants ont lancé des pierres en direction d'un cordon de policiers qui leur barrait l'accès à l'ambassade des Etats-Unis, qui a été fermée au public jeudi.
Les forces de l'ordre ont riposté à l'aide de grenades lacrymogènes. L'agence de presse officielle Mena a fait état de 16 blessés.
En déplacement à Bruxelles, le président égyptien Mohamed Morsi a apporté son soutien aux manifestations pacifiques contre le film tout en condamnant sans réserve les attaques violentes.
Les Frères musulmans, confrérie religieuse dont est issu le chef de l'Etat, ont appelé à des manifestations pacifiques à l'issue de la prière de la mi-journée vendredi devant toutes les grandes mosquées du pays.

En Iran, des étudiants ont manifesté devant l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains dans la République islamique. La sécurité a été renforcée autour de la mission, mais l'Iran n'a pas réagi officiellement.
En Irak, le chef de la milice chiite Assaïb al Hak a prévenu que les intérêts américains dans le pays étaient en danger: « Nous ne pardonnerons pas », a déclaré Kaïs al Khazali, dont la milice avait enlevé en 2007 quatre gardes du corps britanniques, tués ensuite lors d'une tentative d'évasion.
En Afghanistan, les autorités ont fermé indéfiniment le site de partage vidéo YouTube, où étaient visibles des extraits de « L'innocence des musulmans », ce brûlot amateur où le prophète Mahomet est violemment dénigré.
Au Nigéria, la police a ordonné à ses hommes de patrouiller 24 heures sur 24 autour de toutes les ambassades étrangères et s'est placée « en alerte rouge » en prévision de la journée de prière du vendredi.
Au Bangladesh, un millier d'islamistes ont tenté de marcher sur l'ambassade des Etats-Unis à Dacca mais les forces de l'ordre les en ont empêchés. Aucun incident n'a été signalé.
En France, enfin, le recteur de la mosquée de Paris a appelé la communauté musulmane de France « au calme et à la vigilance afin d'éviter cette provocation sciemment perpétrée contre l'islam ».

La Rédaction avec Reuters