Aulnay fourbit ses armes pour garder l'usine PSA

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La ville d'Aulnay-sous-Bois s'est dotée d'un droit de regard accru sur tous les projets envisagés dans le périmètre de l'usine PSA dont elle refuse la fermeture annoncée pour 2014. Mais cette initiative est contestée par le syndicat majoritaire à Aulnay,

La ville d'Aulnay-sous-Bois s'est dotée d'un droit de regard accru sur tous les projets envisagés dans le périmètre de l'usine PSA dont elle refuse la fermeture annoncée pour 2014. Mais cette initiative est contestée par le syndicat majoritaire à Aulnay,

par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - La ville d'Aulnay-sous-Bois s'est dotée d'un droit de regard accru sur tous les projets envisagés dans le périmètre de l'usine PSA dont elle refuse la fermeture annoncée pour 2014.

L'initiative est cependant contestée par le syndicat majoritaire à Aulnay, le SIA, qui la juge dangereuse en cas de fermeture définitive du site car les possibilités de reclassement des salariés s'en trouveraient limitées.

Quatre syndicats du constructeur automobile ont organisé vendredi en début de matinée une opération "péage gratuit" dans la région pour témoigner de leur détermination à se battre pour le maintien d'une activité d'assemblage sur le site.

Le conseil municipal d'Aulnay (Seine-Saint-Denis) a adopté jeudi soir une délibération du maire qui définit un "périmètre d'étude" autour de la zone où se situe le site de PSA Peugeot Citroën.

"Cette arme juridique nous donne le droit de différer de deux ans la délivrance de n'importe quel permis de construire", a expliqué au conseil municipal Gérard Ségura, pour qui la fermeture de l'usine n'est pas inéluctable.

"Ma première réflexion est que notre idée de 'périmètre d'étude' a déjà fait mouche puisque les dirigeants de PSA se voient contraints d'améliorer leur copie. Je suis convaincu qu'il peuvent faire mieux."

Dans un courrier adressé cette semaine au maire d'Aulnay, dont Reuters a obtenu une copie, le président du directoire de PSA Philippe Varin demandait au contraire que la ville favorise les projets de revitalisation du site "grâce à l'obtention à délai rapproché des autorisations administratives nécessaires et grâce à des aménagements adéquats des documents d'urbanisme".

Philippe Varin ajoutait que son groupe était désormais "en mesure de susciter des projets d'implantation sur le site dont il est propriétaire (...) pour un volume d'activités de l'ordre de 750 emplois, lesquels pourraient venir s'insérer dans le tissu existant entre 2013 et 2015."

Il n'a pas précisé combien de ses postes pourraient revenir à des salariés de l'usine PSA.

LE CONSEIL UNANIME, PAS LES SYNDICATS

La délibération du maire sur la "prise en considération des opérations d'aménagement et la délimitation des terrains concernés par un sursis à statuer" a été adoptée à l'unanimité par le conseil municipal, tous partis confondus, a-t-on appris dans l'entourage du maire.

"J'ai peur que cela fasse fuir un certain nombre d'entreprises prêtes à reprendre des salariés d'Aulnay", a déploré Tanja Sussest, représentante du syndicat SIA. "Le maire aurait dû garder cette carte sous le coude pour plus tard."

La syndicaliste dit ne plus se faire trop d'illusions sur l'avenir du site depuis la remise, mardi, du rapport Sartorius sur la situation de PSA, qui a critiqué le choix de fermer Aulnay plutôt que l'usine espagnole de Madrid sans pour autant préconiser que PSA revienne sur sa décision.

Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a admis jeudi "qu'il serait difficile de sauver" Aulnay, tout en prenant soin d'ajouter qu'à titre personnel, il préférerait que des fermetures hors de France soient privilégiées.

Face au choc provoqué par l'annonce d'une vaste restructuration en France pour endiguer ses pertes, PSA a promis de reclasser la moitié des 3.000 salariés d'Aulnay sur le site voisin de Poissy (Yvelines) et de trouver une solution hors du groupe pour les autres. Il entend aussi contribuer à l'implantation d'activités à dominante industrielle, pour préserver la vocation actuelle du site.

Entre 200 et 250 salariés du site PSA ont participé vendredi à l'opération "péage gratuit", selon Jean-Pierre Mercier, représentant de la CGT. La manifestation a été oganisée par les syndicats CGT, SIA, Sud et CFDT sur l'autoroute A1 dans le sens province-Paris à la barrière de Senlis (Nord), à une trentaine de kilomètres de l'usine d'Aulnay.

"Nous ne sommes pas du tout en train de discuter de quelles entreprises viendront s'installer à la place (de l'usine PSA) d'Aulnay", a déclaré Jean-Pierre Mercier, autre figure du combat pour la sauvegarde de l'usine. "Les salariés n'ont pas l'intention de baisser les bras, l'action de ce matin vient le rappeler."

Edité par Dominique Rodriguez

REUTERS