560 psychanalystes pour le mariage gay et l’adoption

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Pour les opposants au projet, c’est une réforme qui menace les bases de la société. Pour ses partisans, une simple évolution de la loi en réaction à celle de la société : l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homosexuels continue de faire débat, alors que le projet de loi sera présenté mercredi en Conseil des ministres.
Selon un sondage publié samedi par Le Parisien/Aujourd'hui en France, 58 % des Français sont aujourd'hui favorables au mariage entre homosexuels, soit un recul de cinq points par rapport à 2011. Mais après l’Eglise et les partis politiques, les psychanalystes entrent eux aussi dans le débat. 560 d’entre eux ont signé une pétition sur Internet en faveur du texte. Pour eux, rien dans la psychanalyse ne s'oppose au mariage ou à l'adoption par des couples homosexuels.

Pour les signataires, « la pratique psychanalytique nous enseigne depuis longtemps que l'on ne saurait tisser des relations de cause à effet entre un type d'organisation familiale et une destinée psychique singulière ».
Laurence Croix, psychanalyste à Paris à l'origine de la pétition, le projet de loi ne comporterait pas de risque particulier mais au contraire serait bénéfique. « Depuis très longtemps, puisqu’on reçoit des enfants de couples homosexuels, ils n’ont pas de pathologie particulière, ils ont les même conflits névrotiques que des enfants élevés par des couples hétérosexuels. Maintenant, il y a quelque chose qui pouvait nous gêner en tant que cliniciens, c’était la honte qu’ils pouvaient vivre, à l’école ou ailleurs, d’avoir deux femmes ou deux hommes qui les accompagnaient. On en faisait des clandestins d’un choix de sexualité des parents qui ne les regarde même pas. Mais là, on a la possibilité, grâce à ce projet de loi, qu’enfin ils existent dans la société. Et on sait, nous en psychanalyse, comme c’est important, la portée symbolique de ces questions administratives ».

Un point de vue partagé par Olivier Douville, lui aussi psychanalyste. Il a signé la pétition parce qu’il « ne voit pas comment on pourrait être contre ». « Vous pouvez chercher dans toutes les avancées de la théorie psychanalytique, explique-t-il, vous ne trouverez pas le moindre argument pour stigmatiser l’homosexualité. Il m’est arrivé de recevoir des enfants adoptés par des couples homosexuels, et je n’ai pas constaté qu’ils souffraient plus que les autres. Le mariage garanti certains droits à l’enfant, et sur ce point-là je pense que les enfants de couples homosexuels doivent jouir des mêmes droits que les enfants de couples hétérosexuels ».

En revanche, pour le psychothérapeute parisien Tony Anatrella, « on est en train d’entrer dans une sorte de délire mental. L’homosexualité n’a rien à voir avec la famille ni avec le mariage ». Et le projet de loi pourrait avoir de lourdes conséquences, selon lui « Après, on s’étonnera de voir se développer des pratiques perverses et de la violence, parce que le cadre porteur de la société est en train de se fragiliser. Moi, j’ai eu à suivre en thérapie des garçons témoins de l’homosexualité de leurs parents, et ça leur posait beaucoup de problèmes : ils hésitent à faire en sorte que leurs propres enfants les fréquentent. Sur le long terme, c’est une relation qui déstabilise à la fois la société, et l’enfant ».

M. Chaillot avec Amandine Dubiez