Maubeuge : par peur, des infirmières «boycottent» des quartiers sensibles

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A Maubeuge, et à la suite d’une agression, les infirmières ne se rendent plus, par peur, dans certains quartiers sensibles. RMC a suivi la tournée de l’une d’elles.


Le don de soi, oui, mais pas à tout prix. A Maubeuge, dans le Nord, des infirmières et infirmiers ne se rendent plus dans certains quartiers, par peur de se faire agresser. Il en va ainsi depuis le 27 novembre dernier, lorsqu'une consœur a été brutalisée dans un hall d'immeuble d'une cité de la ville.
Depuis, les infirmières ont décidé de « boycotter » le quartier ainsi que plusieurs autres secteurs sensibles de Maubeuge pour protester contre l'insécurité qu'y ressentent ces professionnels libéraux, même si un service minimal est assuré auprès des patients les plus gravement atteints. La semaine dernière, une vingtaine d'infirmiers et d'infirmières libéraux du secteur ont aussi adressé une lettre ouverte à Rémi Pauvros, le député-maire PS de Maubeuge. Ils y réclament une plus forte présence policière dans les quartiers sensibles.

« C’est super angoissant, ça nous empêche de travailler »

RMC a suivi Justine, une infirmière qui, chaque jour, effectue sa tournée la peur au ventre. Justine refuse de travailler la nuit tombée et, même de jour, elle confie redoubler d'attention dans certaines zones. « Je me fais discrète, voire transparente, il faut éviter absolument les mallettes, on enlève les caducées des voitures », témoigne-t-elle. « Même si j’ai un soin de trois minutes chez les clients, je vais me retrouver avec des clous dans les pneus, c’est vraiment monnaie courante de se faire voler ses affaires. J’ai même eu un collègue qui s’est fait braquer deux fois son véhicule avec une arme ». Résultat, et au détriment de l’accès aux soins, elle doit parfois annuler ses visites. « Ça m’est déjà arrivé de téléphoner au client et dire que c’était trop dangereux, d'annuler une injection parce que j’avais beaucoup trop peur. C’est super angoissant, ça nous bloque totalement, ça nous empêche de travailler ».

Mathias Chaillot avec Hugo Perrier