Affaire Depardieu: Deneuve charge Torreton et Ayrault

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1er octobre 2012 à Berlin: Catherine Deneuve et Gérard Depardieu prennent la pose pour la sortie du film "Astérix, au service de Sa Majesté"

1er octobre 2012 à Berlin: Catherine Deneuve et Gérard Depardieu prennent la pose pour la sortie du film "Astérix, au service de Sa Majesté"

D'ordinaire discrète et plutôt en retrait de la vie publique, Catherine Deneuve est sortie de ses gonds dans l'affaire Depardieu, et tient à le faire savoir. Dans une tribune titrée: « Monsieur Torreton... », vendredi matin dans Libération, la star dit sa « colère née des jugements à l'emporte-pièce » de Philippe Torreton contre Gérard Depardieu.
« Ma colère est née de vos jugements à l'emporte-pièce (...). Et de cette mesquinerie ordinaire qui vous agite tant », écrit l'actrice.
Toujours dans les colonnes du quotidien Libération, Philippe Torreton avait livré mardi dernier une violente charge intitulée « Alors Gérard, t'as les boules ? ». La plume trempée dans l'acide, le comédien y dézingue littéralement Gérard Depardieu : « Le problème, Gérard, c'est que tes sorties de route vont toujours dans le même fossé: celui du "je pense qu'à ma gueule", celui du fric, des copains dictateurs, du pet foireux et de la miction aérienne, celui des saillies ultralibérales ».
C'en est trop pour Catherine Deneuve, partenaire de très longue date de Gérard Depardieu sur grand écran, qui riposte : « Ce n’est pas tant Gérard Depardieu que je viens défendre, mais plutôt vous [Philippe Torreton] que je voudrais interroger. Vous en prendre à son physique ! A son talent ! "Ce gâchis" dont vous parlez... De quel droit, de quel souci démocratique semblez-vous animer votre vindicte salissante ? ».

Catherine Deneuve s'en prend aussi au chef du gouvernement et à son ministre du Travail : « Quant à la parole officielle "déchéance, minable"... elle n'est pas digne d'hommes d'Etat », tranche l'actrice.
La semaine dernière, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avait jugé « assez minable » l'exil fiscal en Belgique de Gérard Depardieu, le ministre du Travail Michel Sapin voyant pour sa part « une forme de déchéance personnelle » dans l'attitude de l'acteur.
Mais c'est bien à Philippe Torreton que Catherine Deneuve réserve l'essentiel de son humeur, l'accusant d'attaquer « un homme vacillant » qui ne « donne en pâture que lui-même ».
« L’homme est sombre, mais l’acteur est immense et vous n’exprimez finalement que votre rancoeur », estime l'actrice, qui se demande : « Qu’auriez-vous fait en 1789, mon corps en tremble encore ! »
Avant de conclure sa lettre ouverte par ces mots : « Avec ma sincère déception ».

Interrogé vendredi matin sur l'affaire Depardieu, François Hollande a refusé de se poster au milieu des tirs croisés : « Vous pensez que je vais commenter les propos des uns et des autres, acteurs, actrices pour lesquels j'ai grande admiration, notamment pour Catherine Deneuve, comme d'ailleurs pour Philippe Torreton et même pour Gérard Depardieu (...) Ne me demandez pas de participer à une polémique, ce n'est pas ma place ».

Le chef de l'Etat en a tout de même profité pour glisser que « si on aime la France, on doit la servir ».
« Face à la difficulté, je ne veux pas opposer les uns aux autres, je veux que tout le monde soit respecté », a ajouté François Hollande, tout en rappelant que « notre niveau de fiscalité, hormis les 75% [au-delà d'un million de revenus par an], n'est pas plus élevé que dans la plupart de nos pays voisins », avant de s'exclamer : « C'est quand même une fierté d'être français ! ».

Alexandre Le Mer, avec AFP