Les premières désillusions des Emplois d’avenir

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En ce début 2013, le gouvernement comme les parlementaires sont montés au front, l’emploi en ligne de mire. Alors que les séminaires s’enchaînent autour de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, les premiers jeunes à profiter d’une des mesures phares du président, les Emplois d’avenir, en font le bilan. Et pour certains, c’est la désillusion.
Ces emplois aidés doivent permettre aux services publics et à certaines entreprises du privé de recruter 100 000 personnes en 2013, puis 150 000 à partir de 2014. Mais dans le Var, déjà, six jeunes âgés de 20 à 23 ans ont vu leur emploi d'avenir rompu par la Caisse d'allocations familiales (CAF) trois semaines après leur prise de fonction en tant que téléconseillers. Motif: pas suffisamment compétents.

C’est le cas de Waël, 23 ans. Il a passé plusieurs tests avant de signer son contrat d’avenir et pensait alors avoir fait le plus dur : « C’est vrai qu’on est tombé de haut. Dès la signature du contrat, ça a été médiatisé, avec le directeur de la CAF, les élus municipaux, mais on nous a vendu du rêve, on nous a promis pas mal de choses. Il y a un sentiment d’amertume et d’injustice ».

Kamelia, 22 ans, recrutée comme les autres au niveau Bac, envisage même de contester le licenciement devant les Prudhommes. « Après la déception, c’est la colère, raconte la jeune fille, parce que j’ai l’impression d’avoir été prise pour une abrutie. Pour moi, on m’a menti, on m’a promis des choses, des promesses qui n’ont pas été tenues. Pour la signature du contrat, il y avait le préfet, le directeur de la CAF qui nous a fait un beau discours « j’ai commencé, je n’avais pas le bac, aujourd’hui, je suis le directeur de la CAF », a-t-il dit. Et la veille de notre licenciement, on nous disait "aujourd’hui, on est 18 salariés à la CAF, demain on sera encore 18" ».

« Pour ma part, j’ai quitté un CDI pour cet emploi, raconte Lydia, 25 ans. Lors de la signature des contrats, le directeur nous a fait un très beau discours, il nous a dit qu’on allait être une grande famille, qu’on était 18, et qu’on serait 18 au bout des trois ans. Il nous a parlé des possibilités de faire des formations complémentaires, pour progresser, et ce n’est pas le cas du tout ».

Du côté de la CAF du Var, on répond que les 6 licenciés avaient trop de lacunes dans le langage écrit et parfois parlé. « Je comprends qu’ils soient déçus, moi-même je le suis, cependant, je ne m’attendais pas à ce qu’après les tests qu’on avait fait, on ait autant de personnes qui ne puissent pas être retenues, regrette son directeur Patrick Deroux. Il faut qu’on retravaille avec Pôle Emploi sur les batteries de test nécessaires ». Six autres personnes vont signer des contrats d’avenir pour les remplacer, recrutées parmi une centaine de candidats.

Mathias Chaillot avec Lionel Dian