Un rapport dénonce le boom des médecines parallèles

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Sectes, gourous et autres charlatans ont le vent en poupe. La méfiance des Français à l'égard des services de santé les pousse de plus en plus vers les médecines parallèles. C'est ce qui ressort d'un rapport sénatorial remis ce mercredi, et dévoilé sur RMC. Le rapport dénonce un véritable business de plusieurs dizaines de millions d’euros annuels qui s’amplifie avec la crise. Médiator, pilules de 3e génération… Les récentes affaires médicales ont échaudés les Français, et les conditions d’accueil dans les hôpitaux, où le temps consacré au patient est réduit à sa portion congrue, font que les malades n’ont jamais été autant attirés par les soins « alternatifs ». Le rapport dénonce des pratiques qui ne sont pas interdites, mais qui n'ont pas toujours prouvé leur efficacité comme la mésothérapie, la massothérapie, la kinésiologie, la laxothérapie  ou encore l'ondobiologie (voir plus loin).

« La santé est manifestement un domaine dans lequel certaines mouvances sectaires font leur marché », dénonce sur RMC Jacques Mézard, sénateur PRG qui a participé à l’élaboration de ce rapport. « On entraîne les gens vers le refus des soins médicaux, et on leur conseille du jus de citron ou n'importe quoi. Un certain nombre d'entre eux en meurent. Il y a aussi un danger pour leurs finances. Souvent nos concitoyens crient lorsqu'il y a des hausses du coût de certaines participations à la santé et on voit les mêmes dépenser des centaines d'euros pour acheter de la poudre de perlimpinpin ou des objets qui ne servent à rien ».

Houssine Jobeir est docteur en psychopathologie à Brest. Il a longtemps travaillé et reçu les victimes de sectes. Pour lui la popularité de ces médecines parallèles, n'est pas une surprise : « Il suffit de voir les services des urgences pour savoir comment les malades sont reçus. La qualité d'écoute que l'on doit offrir à des gens en souffrance n'est plus à la hauteur des attentes. Donc les gens ont recours à ce que l'on appelle "la pensée magique". Vous avez quelqu'un qui va vous délivrer de tous vos problèmes en un clin d'œil. C'est tout à fait désastreux à la fois pour les patients et les familles, pour qui c'est parfois tragique ». Il cite le cas d’une dame qui avait un cancer de la main : « des gens d’une secte sont arrivés directement à l'hôpital en lui promettant que les métastases allaient disparaître grâce aux prières et autres harmonisations. Malheureusement, elle est décédée trois mois plus tard d'un cancer généralisé ».

Pour comprendre comment travaillaient ces médecins « alternatifs », RMC s’est invitée à un cours de formation en Ondobiologie. Un de nos reporters est allé suivre, de façon anonyme, une séance… édifiante. Devant une vingtaine de « stagiaires » réunies dans un établissement parisien estampillé « ondobiologie » et qui a pignon sur rue, Jean-Marie B. (le « maître », tel qu’il est nommé par des membres de son syndicat des ondobiologues) a expliqué le principe de sa médecine : soigner le patient sans le toucher. « On enlève tout ce qui est défectueux et on remet du neuf à la place, sans vous toucher. Vous ne verrez pas ce que j'enlève, parce que c'est immatériel », explique-t-il en exécutant des gestes théâtraux au-dessus d’un stagiaire qui joue le rôle du malade. Une poubelle, placée au centre de la salle, est censée recevoir les énergies négatives et les bactéries, virus ou infections qui affectent le malade. L'ondobiologue annonce très sérieusement qu’il peut tout soigner : Alzheimer, dépression, cancer, crise cardiaque... La formation de trois semaines coûte la modique somme de 9 000 euros. Et pour ses soins, le chirurgien immatériel, demande 300 euros la séance à ses patients.

Philippe Gril avec Thomas Chupin