Les primeurs de Bordeaux trouvent difficilement acheteur

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BORDEAUX (Reuters) - Les primeurs du millésime 2012 des vins de Bordeaux trouvent difficilement acheteur, malgré les baisses de prix consenties par...

BORDEAUX (Reuters) - Les primeurs du millésime 2012 des vins de Bordeaux trouvent difficilement acheteur, malgré les baisses de prix consenties par les propriétaires des châteaux, à l'exception de quelques maisons prestigieuses qui ne connaissent pas la crise.

Après la semaine de dégustation qui a vu au début du mois d'avril plus de 5.000 professionnels du monde entier parcourir les plus grands châteaux pour en apprécier la plus récente récolte, la phase des ventes laisse courtiers, négociants et propriétaires sur leur faim.

A la moitié de la campagne, cette pratique bordelaise unique au monde qui permet de déguster puis de fixer des prix et de vendre le vin encore en cours d'élevage et livrable un an et demi plus tard, ne donne pas les résultats espérés.

"Il y a quelques affaires qui fonctionnent bien mais quand trois critères sont réunis : la force de la marque, si le prix est bon, c'est-à-dire proche de celui de 2008, et si les notes des journalistes spécialisés, et plus spécialement de Robert Parker, sont plutôt bonnes. Malheureusement les trois critères sont rarement réunis. Alors on patine", déclare à Reuters un courtier spécialisé de la place de Bordeaux.

Sur les quelque 200 grands châteaux qui participent à ce marché, une centaine a déjà fixé ses prix.

Et certains laissent pantois des négociants qui attendaient que le réalisme soit au rendez-vous après des millésimes exceptionnels en 2009 et surtout en 2010, suivis par un 2011 plus modeste mais encore trop souvent trop élevé en prix.

"Le 2012 est globalement plutôt un bon millésime même s'il n'a rien d'exceptionnel mais les acheteurs ne sont pas au rendez-vous", regrette un négociant qui doit jouer au plus fin dans un milieu où la concurrence fait rage quand les parts de marché sont plus réduites.

JUSQU'À 50% DE BAISSE

A part les deux promus du dernier classement de Saint-Emilion, Pavie et Angélus, qui ont rejoint Cheval-Blanc et Pétrus dans le cercle fermé des grands crus classés "A" de l'appellation, et qui ont augmenté respectivement leurs prix de 36% et 23 % (150 euros la bouteille sortie château), tous les propriétaires ont fait des efforts, mais parfois insuffisants.

Parmi les plus grands châteaux du Médoc, Margaux et Mouton-Rothschild ont baissé leurs prix d'un tiers par rapport à 2011, mais reste très au-dessus de 2008, et Lafite-Rothschild de 20% (prix de sortie de la bouteille à 280 euros).

D'autres ont décidé de revenir au tarif de 2008 et tirent leur épingle du jeu. Haut-Marbuzet (Saint-Estèphe), Rauzan-Segla (Margaux) et Canon (Grand cru de Saint-Emilion) sont de ceux-là.

D'autres encore ont fortement baissé leurs ambitions pour arriver à un prix inférieur à celui de 2008.

Les châteaux Climens (Barsac), Valandraud (Saint-Emilion), qui a presque divisé par deux son tarif de 2011, et Pape-Clément (Pessac-Léognan), dont le rouge est 25% moins cher qu'en 2008, en font partie. Ce dernier a même déjà réalisé de belles opérations grâce à cet effort.

Les plus petits domaines ont plus de difficultés à baisser les tarifs, les frais fixes étant incompressibles et même plus élevés lors de millésimes compliqués comme celui de 2012.

"Les plus grandes marques spéculatives devraient encore tirer leur épingle du jeu mais pour les autres, ça risque d'être difficile", pronostique déjà le négociant.

Le salon international des vins et spiritueux Vinexpo qui se déroule à Bordeaux du 16 au 20 juin devrait permettre à quelques propriétés de faire de bonnes affaires qui pourraient compenser le manque à gagner sur les primeurs 2012.

Claude Canellas, édité par Yves Clarisse

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