Label « restaurant » : l’industrie agroalimentaire monte au front

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Pour le secteur industriel, il est idiot d'opposer un artisanat à de restaurants qui feront du tout industriel.

Pour le secteur industriel, il est idiot d'opposer un artisanat à de restaurants qui feront du tout industriel.

C’était une revendication qui paraissait évidente à beaucoup de gens, mais elle commence à créer un vrai malaise chez les professionnels de l’agroalimentaire : faut-il réserver le label « restaurant » à ceux qui cuisinent des produits frais sur place et les servent dans de vraies assiettes ?
L'industrie de l'agroalimentaire a reçu mardi le soutien de son ministre délégué, Guillaume Garot, qui a déclaré qu'il ne fallait pas « opposer l'agroalimentaire à l'artisanat ». Le secteur s’inquiète en effet de cette possible future appellation au moment où la députée PS Pascale Got, invitée ce mercredi de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, défend devant la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale son amendement en ce sens dans la loi sur la consommation.

Le Synhorcat, l'un des principaux syndicats français de la restauration et de l'hôtellerie, défend cet amendement pour que le consommateur puisse choisir son restaurant en connaissance de cause et ne comprend pas le tollé du secteur agroalimentaire. « C’est totalement aberrant », s’exclame Didier Chenet, son président. « Qu’est-ce que l’agroalimentaire a à voir avec la restauration ? Nous, restaurateurs, nous n’avons pas à réchauffer des plats préparés par l’agroalimentaire. Quand vous allez au restaurant, vous n’y allez pas pour manger une barquette de lasagnes surgelés, je ne vois pas en quoi ils pourraient être inquiets. D’après un sondage que nous avons fait auprès des professionnels, seulement 30% utilisent des plats industriels. A ce moment-là, ils utiliseront des produits locaux, des produits de saison, et ça fera le bonheur de nos agriculteurs dans nos régions ».

Brigitte Troel, déléguée générale du GECO, association d'industriels spécialisés sur le marché de la restauration, estime pourtant que « ce texte repose sur des définitions qui ne veulent rien dire ». Selon elle, il est idiot d’opposer deux conceptions de la cuisine qui seraient pourtant complémentaires. « Qu’est-ce qu’on entend par "produit industriel" ? Le beurre en est un, le saucisson, l’huile et le vinaigre aussi. On se sent un peu attaqués, on trouve que c’est dévalorisant pour nous. Il y a des progrès en restauration, les industriels se sont développés parce qu’ils ont apporté des solutions, ça va des fonds de tartes pour les pâtisseries aux plaques de pates en passant par les viandes précuites. Il n’y a pas deux types de restauration, du tout fait maison, et du tout industriel. Ça n’existe pas, c’est faux ».

Pascale Got, la députée de Gironde à l’origine de l’amendement, ne veut pourtant elle-même « pas faire la guerre à qui que ce soit », expliquait-elle ce mercredi matin sur RMC, précisant que certaines exceptions seraient acceptées. « C’est l’une des rares professions de bouche non réglementée, il faut qu’on sache qu’on a un savoir-faire derrière le mot restaurant », demande-t-elle. « Je veux simplement que le consommateur pousse la porte en connaissance de cause. Bien sûr qu’on ne peut pas tout cuisiner sur place, reconnaît-elle par ailleurs. Mais ce qu’on constate, c’est une dérive, beaucoup de restaurants réchauffent des plats préparés par l’industrie et les vendent au même prix que ceux qui font l’effort, des professionnels qui utilisent des produits bruts. L’amendement, c’est faire un distinguo. On vise la qualité dans l’assiette et la prestation, la transparence pour le consommateur. Mais l’amendement prévoit une liste qui sera définie avec les différents partenaires, par exemple les fromages, le pain. Mais ces produits devront arriver d’un circuit qualitatif ».

Mathias Chaillot avec Aurélia Manoli