Trappes : la loi sur le voile intégral remise en cause

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Le voile à l'origine des tensions à Trappes.

Le voile à l'origine des tensions à Trappes.

Après les émeutes entre jeunes et policiers en fin de semaine dernière à Trappes, 5 jeunes comparaissaient lundi devant le tribunal correctionnel de Versailles. Ce qu'on leur reproche ? D'avoir jeté des pierres en direction des forces de l'ordre pour certains, des tirs au mortier pour d'autres ou encore des actes de rébellion. Trois d'entre eux ont été condamnés à des peines allant de 10 mois ferme à 6 mois de prison avec sursis. Deux autres ont été relaxés. Le Parquet va faire appel des deux relaxes. Par ailleurs, trois autres audiences ont été renvoyées à l'automne.

C’est bien le voile intégral qui est au cœur du déclenchement des émeutes de Trappes quand des policiers ont voulu contrôler une femme portant un niqab sur la voie publique. Cette pratique est interdite depuis 2011 (loi du 10 octobre 2010 entrée en vigueur en avril 2011). La dissimulation du visage dans l'espace public constitue une infraction punie d'une amende pouvant aller jusqu'à 150 euros ou un stage de citoyenneté.

Selon un rapport de l'Observatoire de la laïcité, les services de gendarmerie et de police ont effectué 705 contrôles depuis le vote de la loi, dont 423 de femmes entièrement voilées pour 661 procès-verbaux au total. Depuis l'entrée en vigueur de la loi, certains contrôles s'avèrent difficiles. Un sujet tellement sensible dans certains quartiers que les policiers hésitent parfois à contrôler l'identité de ces femmes voilées. Mais pour la sénatrice des Yvelines Esther Benbassa, cette loi a atteint ses limites... « Il faut revenir sur cette loi car elle ne s’applique que pour 423 femmes dont la plupart sont des Françaises converties. Enfin, mais qu’est-ce que c’est, une loi pour 400 femmes ? On devrait avoir le droit de s’habiller comme on le souhaite dans l’espace public. Est-ce qu’on va mettre une amende aux juifs orthodoxe qui porte le costume traditionnel. On ne peut pas continuer à limiter la liberté des gens. On ne peut pas penser que les répercussions seront positives ».

Mohammed Mechmache est président du collectif ACLEFEU. Selon lui, la loi sur le port du voile intégral doit être prohibée. « Cette loi nous a emmenés vers une impasse et vers cette politique d’exclusion. Ce n’est pas en poussant encore plus la répression et le contrôle de ces femmes totalement couvertes que les choses vont se régler. C’est un choix, ça fait partie de leur sphère privé. Pourquoi je m’ingèrerais dans leur vie. Ce qui s’est installé dans le quartier, c’est le deux poids, deux mesures. Il faut que cela cesse et que tous les citoyens soient considérés de la même façon ».

Pour Jean-Paul Garraud (UMP), le rapporteur de la loi votée en 2010 « en aucune façon il ne faut réviser cette loi. C’est une expression de la volonté générale. Je suis sûr que cette volonté veut dire : on n’a pas à nous imposer une société qui n’est pas la nôtre. Nous sommes là pour défendre notre démocratie et pas pour tolérer des comportements qui asservissent les femmes. Tout ceci n’a rien de religieux, certains veulent se servir de cette excuse mais ce sont des provocateurs dont la République n’a rien à faire ».

Tugdual de Dieuleveult avec P. Rigo