Pourquoi Israël boude l'enterrement de Mandela

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Benyamin Netanyahu a annulé dimanche son voyage en Afrique du Sud, pour assister aux funérailles de Nelson Mandela. Le coût d'un tel déplacement, invoqué pour expliquer cette décision, est-il le seul motif?

@ AFP

A l'heure où "le monde est littéralement en train d'arriver en Afrique du Sud", pour rendre un dernier hommage à Nelson Mandela, Israël sera absent de ces célébrations. Benjamin Netanyahu s'était pourtant livré aux hommages de rigueur, déclarant le 6 décembre: "On se souviendra de lui comme du père de la nouvelle Afrique du Sud".

Mais dimanche, le Premier ministre israélien a annulé sa participation aux funérailles de l'ancien président sud-africain. Raison invoquée: trop cher.

Benjamin Netanyahu, qui avait pourtant confirmé aux autorités sud-africaines sa présence, a annulé sa visite à la dernière minute, officiellement en raison des frais à engager, sept millions de shekels au bas mot, soit 1,45 millions d'euros, pour son transport et sa sécurité sur place, précisent la radio publique et le quotidien Haaretz.

Relations très étroites avec le régime de l'apartheid

L'importance des frais à engager pour assurer la sécurité du dirigeant israélien est-elle la seule raison pour expliquer cette volte-face?

Certains commentateurs n'ont pas manqué de rappeler qu'Israël avait entretenu des relations très étroites avec le régime de l'apartheid. A tel point que les Etats-Unis avaient dû menacer de remettre en cause leur généreuse aide militaire annuelle à l'Etat hébreu sous le gouvernement de droite de Yitzhak Shamir (1986-1992), en raison de ses liens de défense avec les autorités blanches de Prétoria.

Un éditorialiste dénonce ainsi dans les colonnes du journal Haaretz, l'hypocrisie du président Shimon Peres, louant "un leader d'une immense stature", alors même qu'il était "impliqué jusqu'au cou dans la coopération entre Israël et le régime de l'apartheid. Israël accueillait alors les Premiers ministres sud-africains en grande pompe, pendant que Mandela moisissait en prison".

"Notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens"

Après sa libération en 1990, Nelson Mandela avait critiqué la politique d'Israël à l'égard des Palestiniens, indiquant que la paix impliquait le "retrait complet des territoires occupés". Tout en reconnaissant, rappelle un éditorialiste du Jerusalem Post: "Je ne peux concevoir un retrait d'Israël, sans que les Etats arabes ne reconnaissent Israël dans des frontières garanties".

Le 4 décembre 1997, Nelson Mandela avait également prononcé cette phrase, devenue célèbre, lors de la journée de solidarité internationale au peuple palestinien: "Nous savons que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens" ("We know too well that our freedom is incomplete without the freedom of the Palestinians"). En visite dans les Territoires palestiniens en 1999, Mandela avait exhorté les Palestiniens à ne pas se décourager dans leur lutte.

"Nous avons connu, nous aussi, des jours terribles, le sacrifice de camarades, et de fortes frustrations", dans le combat contre l'apartheid en Afrique du Sud, avait-il rappelé dans un discours au Conseil législatif [le Parlement, NDLR] palestinien à Gaza en présence de Yasser Arafat

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, se rendra, lui, à Johannesburg aux cérémonies à la mémoire de Nelson Mandela. A la mort de l'ancien président, il avait lancé: "Mandela était un chef et un combattant pour la liberté de son peuple et un symbole de la libération du colonialisme et de l'occupation pour tous les peuples aspirant à la liberté".

Magali Rangin avec AFP