Pas de tabous sur la sexualité des handicapés

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Patrice est paraplégique, ce qui ne l'a pas empêché de se marier et d'avoir des enfants.

Patrice : Je suis paraplégique depuis l'âge de 20 ans, à la suite d'un accident de moto. J'ai été marié, je suis séparé depuis 4 ans et  j'ai un garçon et une fille. Je voulais témoigner pour enlever les tabous que l'on peut se faire sur la sexualité des handicapés.
Je suis en fauteuil roulant, et il faut comprendre que les paraplégiques, aussi bien les hommes que les femmes, n'ont pas du tout de handicap sexuel. L'érection existe très bien, l'éjaculation pas chez tous les handicapés, mais la question d'avoir des enfants ne pose aucun problème, parce qu'il existe des méthodes pour en avoir, et on peut aussi en avoir naturellement selon l'atteinte de la moelle épinière ou de la colonne vertébrale. Après ma séparation, j'ai eu quelques aventures, et la question systématique était de me demander si je pouvais faire l'amour. Depuis qu'il existe certains palliatifs aux érections, ça marche très bien. Je voulais vraiment dire que le problème de l'érection chez l'handicapé est le même que celui de l'homme adulte.

Brigitte Lahaie : Votre témoignage est positif, puisque malgré la paraplégie vous avez trouvé une femme, vous avez eu des enfants, et ensuite vous avez fait comme beaucoup d'autres, vous avez divorcé, sans pour autant que votre handicap en soit la cause. Je crois que même si on sait que vous pouvez faire l'amour, on a cette curiosité, et on se demande comment ça va se passer, parce qu'on sait très bien que ce sera différent d'avec un homme «normal».

Luc Leprêtre, (auteur de Club Vip, éditions Anne Carrière) : Le problème, c'est qu'à partir du moment où il y a une absence de mouvement, que ce soit au niveau des jambes, des doigts, si on est para ou tétraplégique, on va apparaître comme diminué, ce qui n'est pas du tout le cas. Ce qu'il va surtout falloir faire, c'est réinventer la sexualité autour de ces mouvements, un autre érotisme, des réflexes. En effet, on ne fait pas l'amour avec quelqu'un qui ne bouge pas les jambes de la même manière qu'avec quelqu'un qui a une mobilité de son corps tout à fait normale, c'est logique.
La seule chose qu'il faut bien comprendre, c'est que si ce n'est pas pareil, ce n'est pas forcément moins bien. Il faut qu'un couple parle, se crée un érotisme et joue avec. Lorsque l'on est handicapé, on va avoir une obligation d'écoute différente parce que la personne va être en recherche de repères. C'est à nous de lui apporter ces repères et de nouvelles bases. Ça me paraît la démarche normale pour tout couple.