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Affaire Fillon: "J’ai lancé un prix Penelope sur Facebook, il faut pouvoir en sourire"

Penelope Fillon aurait perçu 100.000 euros pour avoir rédigé deux notes de lecture.

Penelope Fillon aurait perçu 100.000 euros pour avoir rédigé deux notes de lecture. - Eric FEFERBERG / AFP

Outre les accusations d'emploi fictif, Penelope Fillon aurait également perçu 100 000 euros pour avoir rédigé deux notes de lecture pour la Revue des deux mondes, en septembre et en octobre 2016. Sur Facebook, Gérard Picot a décidé de tourner cette affaire en dérision. Le but: envoyer une courte note de lecture humoristique sur votre livre préféré. Il témoigne sur RMC.fr.

Gérard Picot, administrateur de la page Facebook "Improbables librairies, improbables bibliothèques", directeur de la Fête du livre jeunesse de Villeurbanne (Auvergne-Rhône-Alpes).

"J’ai reçu via internet plusieurs notes de lecture sur post-it. Les gens décrivaient en quelques mots simplistes et amusants leur ouvrage favori. Il y en avait une qui m’a vraiment fait éclater de rire. Je ris rarement mais là je me suis marré. J’ai trouvé cette initiative assez spirituelle et intelligente. D’où mon idée de demander aux internautes s’ils avaient envie d’écrire une note littéraire en moins de trois lignes sur leur livre favori.

Exemple d'un post-it qu'a reçu Gérard Picot.
Exemple d'un post-it qu'a reçu Gérard Picot. © -

J’ai lancé le concours sur ma page Facebook et cinq minutes plus tard, j’ai commencé à être envahi d’envois. Même si le prix attribué au gagnant n’est qu’une mise en valeur de sa création. Pour le moment, j’en ai lu 1200 en une demi-journée. J’en reçoit également énormément par message. Ça permet d'amuser les gens, qui défendent leur ouvrage favori. Mais pas que.

"Il faut élever le débat sur Penelope Fillon"

Ces exercices de style permettent aussi d’élever le débat sur une affaire qui secoue la classe politique et les Français. Malheureusement, après ma publication sur Facebook, Il y a eu quelques petits accrochages entre internautes. Ils disaient que je rabaissais ma page, que c’était une page de littérature et que je me mettais à faire de la politique. Mais je n’en fais pas. J’ai juste trouvé l’exercice de style très drôle et j’ai eu envie de le relayer.

C’est une opportunité que j’ai su saisir. C’est drôle, fin et intelligent. Il faut pouvoir en sourire de cette affaire. Et pourquoi pas faire travailler nos méninges par rapport à ça. Et par ailleurs, sur les 1200 envois, il y a très peu de notes politisés. Les gens se sont concentrés sur la critique littéraire. Ils ne se sont pas perdus à rejouer le coup politique. Ce n’est pas une page politique mais une page dédiée à la littérature et à la création.

"Une affaire qui pousse à la créativité"

En réalité, tout peut pousser à la créativité. Même ce genre de polémiques. C’est mon rôle de promouvoir l’imagination et de partager une multitude d’idées. 

J'aborde simplement cette affaire sous un angle inédit. L’idée c’est que l’on puisse, dans une certaine forme de second degré, s’approprier la possibilité d’écrire des notes sur les livres. C’est un exercice auquel se plient beaucoup de libraires en France et qui est largement reconnu. La preuve: le post a été vu par plus de 700 000 personnes et jeudi matin on est à 1200 notes de lecture. 

"Un lecteur professionnel est peu payé"

Penelope Fillon, la femme de François Fillon, aurait perçu 100.000 euros pour avoir rédigé deux notes de lecture de 1000 à 2500 signes. Tout le monde sait que ce n’est pas dans les normes. Ce salaire est évidemment peu probable. Je travaille avec 50 maisons d’éditions tout au long de l’année. On sait tous combien sont payés les lecteurs professionnels. En général, ils lisent un ouvrage envoyé et rédigent une note qui ne fait d’ailleurs pas 2500 signes. Ils sont ensuite peu rémunérés.

Il y a peut-être des éditeurs excessivement généreux mais je n’en ai pas rencontré. De mon côté, je ne me suis pas tellement soucié de ces notes de lecture. Elles ont été publiées sur internet mais je ne les ai pas lues. Que la justice fasse son travail. On en tirera les conséquences par la suite."

Propos recueillis par Julie Breon