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C'est l'heure du ménage de printemps... dans l'espace aussi

C'EST DEJA DEMAIN - On le sait peu, mais le pourtour de la Terre est devenu une véritable déchetterie.

On parle de la pollution sur terre, mais autour de la terre ce n’est pas brillant non plus. On dirait un gigantesque pique-nique où tout le monde aurait laissé traîner ses détritus. Au fil de la conquête spatiale, le pourtour de la planète est devenue une décharge à ciel ouvert.

Des millions d’objets divers flottent en orbite, morceaux de satellites hors d’usage, vieux boulons, morceaux de fusée. 34.000 objets de plus de 10 centimètres, qui sont catalogués et dont on essaie de prévoir les trajectoires. Certains sont plus gros qu’une voiture.

Les plus petits -et les plus dangereux- font quelques millimètres et il y en a des dizaines de millions avec de gros risques de collision pour les satellites. Et c’est là tout le problème.

On pourrait se dire "ça se passe dans l’espace, je m’en fiche". Sauf que ces débris pas plus gros qu’une bille foncent à des vitesses démentes : jusqu’à 28.000 km/h –7x la vitesse d’une balle de fusil- et à cette vitesse, même un projectile de la taille d’une bille peut pulvériser sans problème un satellite de communication qui vaut des dizaines de millions d’euros, et qui nous sert pour les télécommunications ou la météo.

Face à ce problème, des agences spatiales et des entreprises privées cherchent toutes les solutions possibles.

La solution: des camions-poubelle de l’espace chargés de nettoyer tout ça

Ca peut prêter à sourire, mais les projets se multiplient de satellites poubelles, capables d’aller récupérer ces débris. Le dernier en date, c’est une startup japonaise, Astroscale, qui a lancé une mission test il y a quelques jours. Ils ont mis au point un système d’aimants qui permettrait d’attirer les débris et les rapporter dans l’atmosphère pour qu’ils se consument.

Mais on peut aussi parler de l’ESA, l’agence spatiale européenne qui s’est allié à une startup suisse, Clearspace, pour travailler sur le sujet.

Plusieurs méthodes sont en cours d’expérimentation : celle d’envoyer un filet géant, un peu comme le filet de pêche d’un chalutier, sauf qu’on remplace les sardines par des morceaux de satellite. On s’approche d’un morceau de fusée usagé, et on jette un filet pour l’emprisonner…

Deuxième méthode : lancer un harpon, façon pêche à la baleine, qui irait accrocher un bout de fusée par exemple, avant de le remorquer vers l’atmosphère où il se consumerait définitivement.

Autre projet: un bras robotique capable d’aller ramasser les déchets. Il se saisi d’un morceau de satellite avec une pince –un peu comme les jeux à la fête foraine ou on essaie d’attraper des ours en peluche- avant de l’acheminer dans l’atmosphère où il se consumerait. Sachant que c’est extrêmement complexe : comme l’explique un expert, récupérer un morceau de fusée par exemple, "ça revient à essayer d’attraper une voiture qui fait des tonneaux sur une autoroute".

Quant aux tout petits déchets, ils pourraient eux être pulvérisés par des canons laser.

L’enjeu n’est pas seulement écologique, il est aussi économique, éboueur de l’espace, c’est un métier d’avenir

Plus il y a de collisions, plus il y a de débris, et donc de risques de nouvelles collisions. D’autant qu’il y a de plus en plus de satellites. Un cercle vicieux qui commence à coûter très cher.

La conséquence : pour les groupes aéronautiques les coûts des assurances sont devenus astronomiques. Avec tout un business qui est en train de créer derrière : tout comme on a des sociétés de collecte des déchets dans nos rues, des entreprises de nettoyage spatial. Eboueur de l’espace : un métier d’avenir !

Anthony Morel (avec J.A)