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Comment bien choisir son Beaujolais nouveau: "il existe des valeurs sûres"

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- - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Jeudi le beaujolais nouveau arrive. Pour RMC, Philippe Faure-Brac, restaurateur, meilleur sommelier du monde en 1992 et président de l’Union de la sommellerie française, livre quelques précieux conseils pour ne pas se tromper dans le choix de sa bouteille.

"Le beaujolais est un vin populaire avant d'être un vin qui a, soi-disant, mauvaise réputation. Après, effectivement, sa réputation a évolué vers une image très axée sur le fameux vin nouveau, vin primeur. C'est un vin simple, c'est un vin qui se consomme rapidement, qui n'a pas le temps de mûrir, d'évoluer. Il est donc vraiment bu lors des premiers jours de dégustation. Donc l'image du Beaujolais traîne aujourd'hui cette réussite du vin primeur, qui a fini par prendre le pas sur l'ensemble des autres vins produits dans le Beaujolais.

Le Beaujolais nouveau est un phénomène important, médiatique, mais l'essentiel du Beaujolais n'est pas du primeur. Les crus du Beaujolais comme les Juliénas, les Morgon, les Chénas ou encore Moulin-à-Vent sont des vins qui sont très, très intéressants, y compris sur la garde. Mais ce sont des vins qui sont, depuis un certain nombre d'années, dans l'ombre de la fabuleuse réussite du Beaujolais nouveau.

"Deux catégories de Beaujolais"

Ce décor planté, il existe quelques 'trucs' pour choisir une bouteille de Beaujolais nouveau de qualité. Tout d'abord, il est important de noter qu'il y a deux catégories de Beaujolais. Il y a le Beaujolais nouveau, tout court, et le Beaujolais village nouveau. Cette distinction apparaît clairement sur l'étiquette. Si vous voulez un vin léger, tendre et aromatique, il faut privilégier le Beaujolais tout court. Si vous voulez un vin qui a un peu plus de texture, un peu plus de tenue, même si c'est un primeur, il faut privilégier un Beaujolais village.

Après, même si c'est compliqué de dire qu'un vin est bon juste en mettant la main sur la bouteille, il existe quand même des valeurs sûres, des grandes maisons célèbres comme les Duboeuf, les Bichot... Ce sont des vins qui sont techniquement très élaborés donc il n'y a vraiment pas de surprise. Après, il y a des petits producteurs et là, malheureusement, c'est un peu la loterie. Il y a des gens qui réussissent très bien une année et moins bien une autre.

Ensuite, il faut noter que, la partie nord du Beaujolais, qui remonte vers le département de la Saône-et-Loire, donne des Beaujolais plus structurés, plus denses. Souvent, c'est le secteur de ce qu'on appelle les Beaujolais village. Même un primeur de cette région peut se garder un peu. Plus on descend vers le sud, dans les secteurs des Pierres dorées, plus on a des Beaujolais plus tendres. L'aromatique y est plus délicat mais ce ne sont pas, surtout s'ils sont primeurs, des vins de garde.

"Le mythe du goût banane est faux"

Dans le Beaujolais comme dans d'autres régions, il y a des gens qui ont une approche plus bio, plus nature, plus conventionnelle. Et ça, ça peut aussi influencer le goût. Si on aime le côté très précis, très technique, de petits fruits rouges, de choses un peu habituelles, il vaut mieux privilégier les grandes maisons car elles ne prennent pas de risque. A l'inverse, il y a pas mal de petits vignerons qui ont des Beaujolais à l'ancienne, nature. On peut aimer ou non, c'est un style, ça dépend du goût mais on est peut-être plus étonné par ce genre de vin.

En revanche, le mythe du goût de la banane est faux, c'est histoire de dire quelque chose. On ne peut pas dire 'Ah cette année, le vin a un goût plus prononcé de pêche, de poire, de banane ou de fruits rouges'. Chaque année si on fait une dégustation, tous les Beaujolais nouveau sont sur le fruité mais il n'y a pas de constante aromatique. Dans l'esprit du Beaujolais nouveau on valorise le côté fruité du vin. On essaye d'extraire l'essence même du vin. La légende de la banane, c'est parce qu'à l'époque les gens utilisaient une levure qui révélait effectivement ces arômes particuliers de banane.

"Ne pas servir trop frais"

Au niveau des tarifs, on trouve des Beaujolais nouveau à partir de 5 euros la bouteille. Après, il faut bien imaginer que si ça coûte plus cher ce n'est pas juste qu'ils le vendent plus cher. C'est justifié par la qualité de ce qui est proposé. Un Beaujolais nouveau que l'on achète moins de 5 euros, il vaut mieux le boire tout de suite et un peu frais.

En règle générale, il ne faut pas ouvrir un Beaujolais une heure à l'avance. On l'ouvre, on le goûte et il passe bien comme ça. Il ne faut pas l'attendre trop longtemps en carafe ou dans un verre de vin. Il ne va pas s'abîmer mais ce n'est pas nécessaire. Il faut le servir un peu frais: pas à température du frigo, 5-6°C, parce que là , ça le casse. L'idéal c'est à température de la cave, 10-12°C. Mais surtout pas plus froid. En résumé, on l'achète chez son caviste et on le boit immédiatement après".

Propos recueillis par Maxime Ricard