RMC

Comment Lactalis est parvenu à contrer l'obligation d'afficher la provenance et la traçabilité du lait

DUPIN QUOTIDIEN - Lait en bouteille, yaourts, fromage... Sur tous ces produits, l’origine du lait est indiquée et pour cause, c’est obligatoire. Mais bientôt ce ne sera plus le cas.

Et pourtant c’était une victoire obtenue de haute lutte par les consommateurs. Depuis 2017, la France avait imposé l’origine du lait sur les étiquettes. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, quand on mange du fromage ou qu’on boit un verre de lait, on sait d’où vient le lait qu’on a acheté, s'il vient de France, de Belgique ou de Nouvelle-Zélande, et c’est évidemment un critère de choix pour beaucoup d’entre nous.

Sauf que cette réglementation ne plaisait pas à tout le monde et elle ne plaisait pas du tout, mais alors pas du tout, au géant laitier Lactalis qui transforme chaque année 5 milliards de litres de lait. Lactalis a donc porté l’affaire devant l’Union Européenne et le Conseil d’Etat.

Et l’entreprise vient de gagner une bataille décisive puisque le Conseil d’Etat a tout simplement annulé le décret qui imposait l’étiquetage de l’origine du lait, en se basant sur les règles européennes qui disent que l’étiquetage de l’origine est obligatoire seulement à 2 conditions : d’abord que la majorité des consommateurs attache de l’importance à cette information. Et ça ça ne fait aucun doute. Mais il faut aussi qu’il y ait un lien avéré entre la qualité d’un produit et son origine. Or selon le conseil d’Etat, rien ne prouve que ce soit le cas pour le lait, et donc pas besoin d’indiquer l’origine. Et ça c’est une très bonne nouvelle pour Lactalis.

Que disent les agriculteurs français?

Ils ne sont pas très contents évidemment. La FNSEA dénonce "l’attitude irresponsable d’un acteur économique qui va à l’encontre de la reconnaissance du travail des éleveurs français". Le syndicat agricole parle même d’une "décision qui va à contre-courant de l’histoire".

Les associations de consommateurs elles dénoncent aussi un scandale, et demandent au gouvernement de publier rapidement un nouveau décret. Mais le ministère de l’Agriculture que j’ai contacté, se contente de prendre acte de cette décision

Marie Dupin (avec J.A.)