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De plus en plus d'arnaques à domicile: "N'appelez pas les numéros des tracts dans les boîtes aux lettres"

Une serrure

Une serrure - Capture BFMTV

Les arnaques au dépannage, ça continue. La répression des fraudes (DGCCRF) publie ce 14 novembre une étude qui dénonce les méthodes "de plus en plus agressives" des plombiers, serruriers, et consorts, pour facturer abusivement leurs prestations. 56% des entreprises contrôlées sont concernées. Camille Minaud, juriste à l'Institut national de la consommation, explique à RMC.fr comment au mieux les éviter.

Camille Minaud est juriste et chargée du secteur "démarchages à domicile" à "60 millions de consommateurs".

"Ce que pointe la répression des fraudes, ce sont des pratiques constantes, qui existent depuis longtemps et qui n'ont pas disparu malgré les tentatives des pouvoirs publics de mettre de nouvelles règles en place.

Information biaisée, facturation inexacte…

Il y a plusieurs types d'abus. Une information biaisée dès le début, une mauvaise information sur les prix, ce qui in fine amène à une facture exorbitante. Vous appelez, vous demandez combien ça va vous coûter, on vous répond tant d'euros, et finalement le professionnel se déplace, et ça vous coûte le double. Ou alors, on "oublie" de vous dire que c'est majoré.

Il y a des facturations inexactes, par exemple des heures de main d'oeuvre imaginaires, ou des pièces non-fournies qui vous sont facturées, ou des pièces prétendument neuves alors qu'elles sont d'occasion, des travaux mal effectués… La palette est assez large. Quand on les additionne, on arrive très vite à 56%.

Ce qui est récurrent, c'est qu'un serrurier vous change toute la serrure, alors qu'on pouvait simplement l'ouvrir avec une radio. Les professionnels le savent très bien, mais facturent à des prix bien trop élevés. Ou en plomberie, vous appelez un professionnel pour un problème X, il va vous changer un robinet ou une pièce qui n'a pas besoin d'être changée.

"Ne pas contacter les numéros de téléphone sur les tracts"

On rencontre souvent des attitudes agressives. Quand vous décidez au dernier moment de ne plus effectuer la prestation, il y a des professionnels qui vont vous forcer la main, parce qu'ils se sont déplacés. Ou alors des professionnels qui vont accompagner des consommateurs au distributeur pour retirer une certaine somme d'argent pour être payé en liquide sans laisser de traces. Ils s'appuient sur la vulnérabilité des personnes.

Je ne recommande pas de contacter les numéros de téléphone sur les tracts qu'on met dans vos boîtes aux lettres, ou les autocollants qu'on colle à votre porte. Ces plaquettes ne respectent pas la réglementation, il y est toujours marqué "RCS en cours", ce qui veut dire que l'entreprise serait en train de se faire immatriculer au registre des commerces et des sociétés. Normalement, si on édite ce genre de flyers, on doit avoir un numéro RCS. On peut avoir un doute sur leur fiabilité.

Il vaut mieux se pré-constituer un carnet d'adresse. Pour éviter de réagir dans la panique et appeler le premier numéro trouvé sur Internet. Prenez le temps de la réflexion. Si vous claquez votre porte un samedi, ce sera exorbitant. Prenez une nuit d'hôtel, appelez un ami. La DGCCRF a vu une facture à 6.000 euros pour une serrure. A moins d'un hôtel très luxueux, vous n'en aurez pas pour autant.

"Pas de devis? Au revoir"

Le mieux est de connaître l'artisan. Et surtout, de se renseigner avant sur les prix et les frais de déplacements, sur les majorations suivant l'heure et le jour. Normalement, le consommateur doit signer un devis avant toute prestation. Il faut que l'artisan signe et qu'il s'engage sur le travail et le prix. S'il refuse, le mieux c'est de dire au revoir. Néanmoins ils peuvent facturer des frais de déplacement. Encore faut-il avoir été informé avant.

La DGCCRF peut mettre des amendes administratives aux entreprises qui fraudent. On conseille de leur indiquer de tels agissements. Ils peuvent après mener l'enquête. Cela peut aller jusqu'aux tribunaux. S'il est condamné, il peut ne plus avoir le droit d'exercer pendant tant d'années."

Propos recueillis par Paul Conge