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En souhaitant ouvrir 7 jours sur 7, les industriels de la boulangerie vont-ils tuer les artisans?

La Fédération des entreprises de boulangerie (FEB), qui regroupe les franchises et les boulangeries industrielles, souhaite la fin de la loi interdisant aux boulangers et aux dépôts de pain d'ouvrir toute la semaine, 7 jours sur 7. Une mesure qui mettrait en danger les petites boulangeries artisanales.

C'est une nouvelle illustration de la guerre que peuvent se livrer industriels et artisans. La Fédération des entreprises de boulangerie (FEB), qui regroupe les gros du secteur (Holder, Brossard, Jacquet, France Pain, La Mie Câline...), veut mettre fin à la loi interdisant aux boulangers et aux dépôts de pain d'ouvrir toute la semaine, 7 jours sur 7. Depuis 1919, des arrêtés préfectoraux, pris après accord entre professionnels au niveau départemental, imposent aux boulangers de fermer un jour par semaine. Dans certaines zones touristiques, ou à certaines périodes de fêtes, des suspensions de l'arrêté sont accordées.

Mais pour Matthieu Labbé, délégué général de la Fédération des entreprises de boulangerie, il faut que ça cesse. "L'Etat a un rôle. On s'adresse directement au nouvel exécutif: aidez-nous! Il faut pouvoir développer son activité comme on le souhaite. Libérons cette croissance qui est possible et atteignable!"

"Libérons la croissance"

Sauf que les artisans boulangers voient d'un très mauvais œil cette demande des industriels, comme l'a constaté RMC dans une boulangerie du 18e arrondissement de Paris. C'est Anis, qui l'a repris en 2005. Passer à une ouverture 7j/7, cela impliquerait pour lui de lourdes dépenses. "Il faudrait prendre au moins deux autres personnes: une pour pouvoir ouvrir la boutique, une autre pour la fabrication. Voire une troisième en pâtisserie". Impossible!

Selon lui, le boulanger de quartier ne fait pas le poids face aux franchises et aux industriels. "Eux peuvent le faire. Nous, nous n'avons pas les moyens, nous n'avons pas les mêmes charges. Eux, ils centralisent. C'est une machine qui fabrique le pain, elle peut travailler tout le temps. Nous, c'est un employé, qui doit pouvoir se reposer pour être apte à tenir toutes les semaines et faire son travail correctement."

"Chez les industriels, c'est une machine qui fait le pain"

C'est ce que dit également Dominique Anract, président de la Confédération Nationale de la Boulangerie-Pâtisserie Française (CNBPF). "Dès que vous ne fabriquez pas, que vous avez juste à acheter de la pâtisserie ou du pain surgelé, vous pouvez employer des gens sans formation, qui peuvent faire ça 7/7, c'est très facile. Mais nous, on fabrique et nous n'avons pas les moyens de payer des gérants pour tenir l'affaire en permanence. Les boulangers ont bien besoin d'une journée de repos".

Cette offensive des industriels intervient alors que les artisans boulangers sont déjà fragilisés. Depuis 10 ans, près de 1.200 commerces disparaissent chaque année, surtout dans les zones rurales.

P. G. avec Marie Monnier