RMC

"Expliquez-nous": pourquoi le ton monte sérieusement entre les européens et la Grande-Bretagne autour du Brexit?

Une nouvelle session de négociations sur le Brexit vient de s’achever sans aucun progrès. Et du coup concrètement, on se prépare a partir du 1er janvier à l'embouteillage du siècle.

Le ton monte sérieusement entre les Européens et la Grande-Bretagne. Une nouvelle session de négociations sur le Brexit vient de s’achever sans aucun progrès. Alors qu’est-ce qu’il se passerait s’il l'on ne signe pas d’accord ?

Le gouvernement anglais a annoncé jeudi dernier, la construction en urgence de 29 grands parkings pour stocker les camions près des ports et du tunnel sous la Manche. Le plus grand de ces parkings est à Ashford dans le Kent. On se prépare à bétonner 11 hectares de terres agricoles. C’est 15 terrains de foot pour seulement un seul des 29 parkings prévus. 

Parce que cinq millions de camions par an franchissent ces postes frontières, et que sans accord, il va falloir les contrôler et les taxer. Les Anglais ont prévu d’embaucher 50.000 douaniers pour accomplir les formalités, mais ca prendra du temps. D’où les grands parkings. 

On se prépare à partir du 1er janvier à l'embouteillage du siècle

Un chaos autour de Douvres. Avec toutes les conséquences en termes de possibles pénurie, de hausses des coûts des transports et des marchandises. Et l’on va découvrir d’autres complications. 

Toujours dans l'exemple des camions lorsque les chauffeurs auront attendu plusieurs jours sur les nouveaux parkings avant de traverser la Manche, ils s'apercevront qu’il y a un problème avec les palettes en bois qu’ils transportent. Ces palettes peuvent passer d’un pays à l’autre sans problème à l'intérieur de l’Europe. Mais si elles viennent de l'extérieur de l’Europe, alors il faut les chauffer à 56 degrés pendant 30 minutes. C’est la règle, pour détruire les bactéries et les insectes. Et bon courage pour chauffer les palettes anglaises. Il y en a 100 millions qui transitent chaque année entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne.

Et lorsque les routiers auront enfin franchi la Manche, ce ne sera pas la fin des problèmes. Le routier anglais, qui arrivera en France, dès qu’il branchera son téléphone, ça lui coûtera une fortune parce qu’il n’y aura plus de roaming. S’il voyage avec son chien, on lui demandera un test sanguin pour la rage. C’est très cher et il y a 4 mois d’attente pour les résultats. C’est pire que le test covid. 

Ce routier anglais en France, il devra avoir un passeport avec 6 mois de validité. Sa carte vitale européenne ne fonctionnera plus. Il lui faudra prendre une assurance-maladie. 

Un scénario catastrophe

Et puis il ne sera plus soumis à la réglementation européenne sur le droit du travail. Son patron anglais pourra lui demander de rouler autant qu’il veut. Sur nos autoroutes on aura donc des routiers européens qui ne peuvent rouler que 45 heures par semaine et des routiers travaillant pour une entreprise anglaise qui eux feront 12 ou 15 heures par jour.

Voilà ce qui pourrait se passer dans moins de quatre mois en cas de no Deal. Et je ne vous ai parlé que des camions pour faire simple.

Ca ressemble à un scénario catastrophe pour les Anglais et pourtant, ce sont eux qui bloquent. C’est ce qu’on appel une négociation “hard”. Et tout cela dure depuis 4 ans et demi. Le Brexit, la sortie de l’Europe, est officiellement intervenu le 1er février dernier, mais les règles européennes s’appliquent encore jusqu’au 31 décembre. Donc désormais, soit-on trouve un accord et l’Angleterre reste un partenaire privilégié avec la liberté de circulation des hommes et des marchandises. Soit on ne trouve pas d’accord, très rapidement, et on en arrive au scénario, des parkings géant et des pallettes chauffées, des prises sang pour les animaux de compagnie, des passeports et des visas.

Mais cet accord, on pensait l’avoir trouvé en janvier dernier. On l’avait trouvé, et même signé. Mais les Anglais le remettent en cause et veulent renégocier sur plusieurs points sensibles pour eux. La pêche, ou la frontière entre les deux Irlande. 

Ils ont présenté mercredi un projet de loi pour réécrire le traité de janvier. D'où les hurlements des Européens. Qui ont lancé un ultimatum aux Anglais pour qu’il retire ce projet de loi. Ultimatum rejeté par Londres cette nuit. “C’est une violation inacceptable du droit international”, disent les Européens et les Français en premier. 

Il reste environ six semaines pour sortir de cette impasse. Sinon, c’est le grand embouteillage. 

Nicolas Poincaré