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Faut-il indexer tous les salaires sur l'inflation? Ça fait débat sur RMC

C'est une de vos propositions phare en matière de pouvoir d'achat: l’indexation de tous les salaires sur l’inflation. Autrement dit, obliger les entreprises à augmenter les salaires chaque année en fonction de l’inflation.

1,8% d’inflation en 2018, 1,8% de plus sur tous les salaires. Dans le langage économique, on appelle ça l’indexation automatique.

Ça ne sort pas de nulle part. La Belgique et le Luxembourg appliquent la mesure, pour les salariés du privé comme du public. Au Luxembourg, par exemple, à chaque fois que l’inflation atteint un certain seuil, les salaires sont augmentés d’autant. Si bien qu’aujourd’hui, le salaire minimum a franchi la barre des 2.000 euros brut mensuel.

D’autres pays appliquent le principe, même s’ils ne collent pas parfaitement à l’inflation. Au Royaume-Uni, le calcul ne tient pas compte des prix de l’alcool et du tabac, à Chypre les critères sont complexes, en Espagne, cela dépend des conventions collectives.

Un risque que ce soit répercuté sur les consommateurs

En France, l’indexation des salaires sur l’inflation existait jusqu’en 1983. Mais le mécanisme a été abandonné parce qu’il présentait deux gros défauts selon l’économiste Christopher Dembik:

"Beaucoup d'entreprises qui peuvent être éventuellement difficulté, qui font face à une conjoncture difficile, ne vont pas être en mesure d'augmenter les salaires donc ça peut se traduire par des licenciements. Le vrai risque, c'est que ce soit répercuté sur les consommateurs avec des prix qui seront beaucoup plus élevés. C'était d'ailleurs un des éléments qui explique pourquoi l'indexation des salaires sur les prix a été abandonnée après 1983 en France, parce qu'on s'est rendu compte que ça créait des tensions inflationnistes extrêmement importantes sur la consommation".

Voilà pourquoi la Banque centrale européenne conseille de ne surtout pas remettre en place la mesure aujourd’hui.

Seul vestige de ce système en France: le SMIC, dont l’augmentation se calcule selon une formule complexe qui tient en partie compte de l’inflation. Il a progressé cette année d’1,52% pour atteindre 10,03 euros brut de l’heure.

Matthieu Rouault (avec P.B.)