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Froid: comment des usines sont prêtes à se sacrifier (moyennant rémunération) pour éviter le black-out

Le froid intense qui arrive sur la France va-t-il provoquer un black-out, une panne généralisée d'électricité? RTE, l'organisme qui gère le réseau électrique compte sur l'interruptibilité, une procédure qui permet de stopper de grosses usines pour récupérer de l'électricité. RMC s'est rendue en Isère, dans une de ses usines prête à se sacrifier pour que les foyers puissent continuer à se chauffer et à allumer la lumière.

Avec le froid qui arrive, va-t-on manquer d'électricité cette semaine? C'est une inquiétude, alors que sept centrales nucléaires françaises (sur 58) sont à l'arrêt et que les températures particulièrement froides vont entraîner une augmentation progressive de la consommation, avec un pic à plus 100.000 mégawatts attendu jeudi soir à 19h. RTE, en charge du réseau de transport de l'électricité, annonce qu'elle devrait mettre en place dès mardi des mesures exceptionnelles pour contrôler la consommation, alors que l'électricité ne se stocke pas et qu'il faut répondre instantanément à la demande.

Pour éviter le black-out (rupture généralisée de l'alimentation électrique), la France a une solution: RTE peut obliger de gros sites industriels à couper leur activité, permettant ainsi de remettre l'électricité libérée sur le réseau. Ça s'appelle l'interruptibilité. 21 industries en France peuvent le faire. C'est le cas du site chimique d'Arkema à Jarrie (Isère), près de Grenoble, que RMC a pu visiter.

"L'équivalent de la consommation d'une ville de 300.000 habitants"

A l'usine Arkema, l'interrupteur ressemble... à une grosse box internet. Et quand RTE décide de l'activer pour récupérer de l'électricité, voilà ce qui se passe: "A distance, RTE nous envoie un message téléphonique. En moins de cinq secondes l'ensemble des unités va s'arrêter en parfaite sécurité et de manière complètement automatique", explique Jacques Barbier, le directeur de l'usine. Et cette interruptibilité est loin d'être accessoire. "On peut rendre sur le réseau l'équivalent de la consommation d'une ville de 300.000 habitants".

Le directeur est prêt à jouer le jeu, malgré les contraintes qu'une telle opération aurait sur son site. "C'est sûr que ces coupures nous impactent puisqu'on mettra 24 heures à redémarrer nos installations et à retrouver le rythme de croisière. Ça doit donc se limiter à des circonstances totalement exceptionnelles comme celles que nous vivons actuellement".

Jusqu'à 90.000 euros par an de rémunération

En contrepartie de cet effort, les entreprises concernées sont rémunérées: jusqu'à 90.000 euros par an et par mégawatt redistribué. "La rémunération compense les pertes et contraintes que nous avons, explique Luc Baud, directeur énergie de Ferropem, une société métallurgique également concernée par cette mesure. C'est un service que nous offrons. Lorsqu'il y a des difficultés sur le système électrique il est normal, dans la mesure de nos possibilités techniques, que nous puissions nous effacer pour rendre service au système".

Si elle doit permettre d'éviter, ou tout du moins de limiter, un black-out, cette interruptibilité a un coût pour l'Etat: environ 100 millions d'euros, selon des chiffres BFM Business.

P. Gril avec Gwenaël Windrestin