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Greenpeace s’attaque à Petit Navire: “On va être confrontés à un effondrement du stock de thon”

Samedi, vingt groupes de militants de Greenpeace ont “nettoyé” des rayons de supermarché des boîtes de thon Petit Navire dans plusieurs villes de France. Un moyen d’attirer l’attention sur le thon albacore, en grand danger, explique Jérôme Frigniet, directeur des programmes à l'ONG.

Des rayons de supermarchés vidés des boîtes bleues et grises de la marque Petit Navire. Il ne s'agit pas d'un coup de pub, mais d'une campagne de l'ONG Greenpeace, menée ce week-end dans plusieurs villes de France pour alerter les consommateurs. “D’ici quelques années, ce sera peut-être la réalité, nous n’aurons peut-être plus ces boîtes de thon”, explique Jérôme Frignet, directeur des programmes à Greenpeace et invité de Jean-Jacques Bourdin.

Le thon albacore est en effet en danger. C’est le thon le plus consommé en France, et il constitue l’essentiel des boîtes Petit Navire. En France, très friande de cette protéine facile d'accès, on trouve du thon dans le placard de neuf personnes sur dix.

Le thon de l'Océan Indien est menacé

“Le thon albacore de l’Océan Indien est particulièrement menacé. Au rythme actuel, d’ici quelques années, on va être confronté à un effondrement du stock de thon”, prévoit Jérôme Frignet. Une réunion des producteurs se tient en ce moment même à La Réunion. Le problème prioritaire est de limiter la pêche. Mais pourquoi cibler le breton Petit Navire en particulier et non d'autres marques ?

“C’est le leader sur le marché du thon en boîte en France, avec près de 30% de part de marché ; et c’est aussi la filiale du leader mondial, qui est une compagnie thaïlandaise”, explique le directeur des programmes.

Navires-usines et techniques destructrices

Ce que dénonce précisément Greenpeace, c’est le fait que Petit Navire ne fasse rien pour contrer les menaces qui pèsent sur l’approvisionnement en thon albacore. “Contrairement à certains de ses concurrents, comme Connétable ou encore Système U, Petit Navire n’a pas pris de dispositions sur ses sources d’approvisionnement”, pointe Jérôme Frigniet. L‘entreprise refuse donc de renoncer à des techniques de pêches destructrices, par exemple à l’aide d’immenses filets reliés à des radeaux eux-mêmes équipés de balises.

Greenpeace pointe cette technique de pêche en particulier : elle fonctionne avec des Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP), permettant de maximiser les prises des pêcheurs industriels. Cette méthode est destructrice car non sélective.

“Elle mène à la capture de nombreuses espèces autres que le thon. Par ailleurs, les prises sur DCP sont beaucoup trop importantes au regard de l'état des stocks de thons”, écrit Greenpeace sur son site.
“La technologie a considérablement progressé, explique Jérôme Frignet. Les thoniers sont des navires immenses, des navires-usines ultra technologiques. Un radar indique au navire, qui peut se trouver à des centaines de kilomètres de là, que la récolte est mûre, et il n’a plus qu’à se pointer pour récupérer le dispositif et pêcher ce qu’il y a en-dessous.”

Une pétition et un classement des marques de thon

Une pétition demandant à Petit Navire de revoir ses techniques de pêche a recueilli plus de 100.000 signatures. Greenpeace a aussi publié un classement des marques de thon selon leurs performances environnementales pour inciter les consommateurs à sélectionner, en connaissance de cause, les marques qu’ils achètent. “Les dirigeants de Petit Navire sont en train de scier la branche sur laquelle ils sont assis”, conclut Jérôme Frigniet.

Charlie Vandekerkhove