RMC

Grève dans un McDo franchisé: "on veut passer de 7 à 13 euros de l’heure, comme aux États-Unis"

Des salariés du McDonald’s franchisé de Blagnac, à Toulouse, étaient en grève mercredi pour dénoncer leurs conditions de travail. Heures supplémentaires non payées, clients mal servis, exploitation… tant de causes qui les ont poussé à s’exprimer, alors qu'ils ont repris le travail jeudi. Thibaud Rodriguez, un étudiant employé depuis quatre ans, témoigne pour RMC.fr.

Thibaud Rodriguez, employé au McDonald’s de Blagnac, à Toulouse, depuis quatre ans, étudiant.

"Nos conditions de travail sont des plus déplorables. Nous sommes en sous-effectifs, surtout les week-end et lors des fermetures. Par conséquent, nous terminons les trois quarts du temps à 3h du matin au lieu de 1h. Ce sont des heures complémentaires et non payées.

Le franchisé, celui qui tient ce McDonald's, refuse de recruter. Ça lui coûterait plus d’argent et ça nous permettrait d’avoir des avantages, comme créer un syndicat, avoir un CE… ce qui le dérange.

"Sandwichs froids et frites dégueulasses"

Un jour, on m’a dit que c’était tout à fait normal de travailler pour trois personnes. Ça m’a outré, ce n’est pas normal. En plus, on nous a retiré des primes injustement, prétextant que nous ne travaillions pas assez, alors que c’est de leur faute. La façon de manager est une catastrophe. On nous gueule sans arrêt dessus. Au lieu de nous dire ‘courage on va y arriver, c’est bien ce que tu fais’, on n’a ni le droit à un merci ni à un au revoir. On nous dit qu’il faut dialoguer, ce qu’on a déjà fait. On a eu plusieurs rendez-vous avec le directeur. La seule chose qu’il a été capable de me dire a été: ‘est-ce que tu te fous de ma gueule?’.

Et ce manque de personnel a de grosses conséquences sur les clients. On les sert mal, ils attendent entre 20 minutes et une heure pour une commande. Les sandwichs sont froids, les frites sont dégueulasses… 

"10 démissions en un mois"

A cause de tout ça, 10 personnes ont démissionné le mois dernier parce qu’elles n’en pouvaient plus de la façon dont elles étaient traitées. Ce n’est plus possible. Une bonne partie des équipiers n’a plus envie de travailler et vient seulement parce qu’elle a besoin d’argent. Le franchisé est très malin et manipulateur parce qu’il sait que nous avons peur et que nous ne voulons pas prendre le risque de perdre notre emploi.

En ce qui me concerne, j'y travaille depuis quatre ans pour financer mes études. C’est primordial. Mais je ne perçois que 300 à 400 euros pour 60 heures travaillées par mois. C’est très peu. Ce que l’on veut, c’est passer de 7 à 13 euros de l’heure, comme aux États-Unis. En réalité, nous sommes exploités parce que nous sommes des jeunes.

"Le franchisé se balade en Porsche Cayenne"

Le franchisé, quant à lui, se balade en Porsche Cayenne. C’est littéralement du foutage de gueule. Ça montre à quel point les gens de la haute société sont égoïstes et ne veulent pas partager. Ce sont grâce à des ouvriers comme nous qu’il a cet argent aujourd’hui. En plus, notre McDo est l’un des plus chers de la région, ce qui est encore plus scandaleux. Il augmente le prix des produits pour se faire plus d’argent. 

Il se sert également de l’image de McDo, croyant qu’il aura toujours des clients, mais non. Ce n'est pas parce que cette marque est une franchise internationale qu’elle a tous les pouvoirs. Lors de notre journée de grève, nous avons réussi à faire faire demi-tour à 65% de nos clients. Ils ont été mangé ailleurs en prenant connaissance de nos conditions de travail. Comme quoi notre mouvement commence à avoir des conséquences."

Contacté par RMC.fr, le responsable du McDonald's de Blagnac n'a pas souhaité s'exprimer.

Propos recueillis par Julie Breon