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Il faut un plan Marshall pour nos centres-villes, qui sont des mouroirs

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- - Flicr CC - CBE Ventoux

L'association "Centre-Ville en mouvement", qui réunit plusieurs centaines d'élus, demande à Emmanuel Macron que les centres-villes, menacés de "désertification rapide", soient déclarés "Grande cause nationale 2018", dans un courrier adressé au chef de l'Etat diffusé jeudi. Patrick Vignal, président de l'association, tire la sonnette d'alarme sur RMC.fr.

Patrick Vignal est député de l'Hérault et président de l'association "Centre-Ville en mouvement", créée en 2005.

"Il faut arrêter le massacre des villes moyennes entre 10.000 et 30.000 habitants, qui sont de véritables mouroirs. L'état des centres-villes est catastrophique. Pour citer des villes de ma région comme Perpignan, Carcassonne, Béziers, Agde, Narbonne - même Montpellier où l'on a un taux de vacances des commerces supérieur à 12% -), tous les rideaux sont fermés à 19h.

Que trouve-t-on dans les centres-villes de ces communes? Des personnes âgées, des personnes isolées et des gens qui ont de faibles revenus. Des proies idéales pour les marchands de sommeil, qui font exprès de paupériser les centres-villes, afin d'acheter des immeubles à bas coûts pour y entasser des gens. Il faut taper fort sur ces marchands de sommeil.

"Un moratoire sur les centres commerciaux"

Il faut également que l'on ait un moratoire sur les centres commerciaux, qui sont horribles et construits en périphérie en grignotant les terres agricoles. En 2016, il y a eu 22% de centres commerciaux en plus, dont 90% en périphérie! Je ne fais pas la guerre à la grande distribution, mais je rappelle que quand les petits commerces créent 3 emplois, la grande distribution en crée un seul.

Donc aujourd'hui, si on ne veut plus consommer de terres agricoles, il faut densifier les villes. Les études nous montrent que la nouvelle génération ne veut plus forcément son petit pavillon avec piscine et rester entre soi. Les gens ne cherchent plus forcément à être propriétaires d'une voiture, voire de leur logement, on le voit avec les nouveaux usages (covoiturage, locations via Airbnb). Il ne s'agit pas de réparer les centres-villes, il faut créer les centres-villes du futur. Il est temps que nous ayons une vraie politique forte en la matière: il faut un plan Marshall.

"L'Etat a une responsabilité"

Je demande à l'Etat une fiscalité nouvelle pour l'achat en centre-ville, avec un prêt à taux zéro pour les acheteurs. Les architectes des Bâtiments de France (qui imposent des règles lors de rénovations de centres historiques ou classés) doivent aussi lâcher du lest sur les rénovations d'immeubles, pour nous permettre de rénover les bâtiments pour un coût moindre qu'aujourd'hui. Les centres-villes, ce ne sont pas uniquement les commerçants, mais aussi les professions libérales, les étudiants, les locataires, les bailleurs sociaux, les artisans… Il faut faire en sorte de maintenir tous ces gens au cœur des villes.

L'Etat a une responsabilité et doit montrer l'exemple: quand on voit qu'il y a des hôpitaux qui sont partis des centres pour s'installer en périphérie, qu'il y a des chambres de commerces qui implantent leur siège en périphérie, des mairies qui sont délocalisées… Il faut que l'Etat garde ses bâtiments et ses administrations au cœur des villes. Quand vous avez une préfecture de 1.000 personnes en ville, elles vont faire leurs courses dans les commerces de proximité, elles consomment dans les alentours."

Propos recueillis par Philippe Gril