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"Il ne manquerait plus que la peste maintenant!": Marseille croule sous des tonnes de déchets avec la grève des éboueurs

Au total,  plus de 900 tonnes d'ordures s'accumulent dans les quartiers touchés par le mouvement.

Une décharge à ciel ouvert, voilà à quoi ressemblent les rues de certains quartiers de la ville depuis quelques jours, au grand dam des habitants.

Malgré l'intervention de quelques premiers camions-bennes sous protection policière, les ordures continuent à s'accumuler mardi dans plusieurs quartiers de Marseille, au 14e jour d'un mouvement de grève d'une partie des éboueurs qui pourrait aussi se jouer sur le terrain judiciaire.

Au total, selon les chiffres de la préfecture de police, plus de 900 tonnes d'ordures s'accumulaient déjà lundi dans les quartiers touchés par le mouvement.

"C'est un scandale, je suis triste pour cette ville que j'adore" souffle une Marseillaise au micro de RMC. "Il ne manquerait plus que la peste à Marseille aussi" exagère un autre passant. 

Certains habitants prennent les devants et nettoient eux-mêmes leurs quartier. "La grève continue et la ville empeste!" a insisté sur RMC, Dominique Zussy, président de la Fédération des Comités de quartier du 16eme arrondissement de Marseille. Selon lui, certains badauds, excédés, ont mis le feu aux poubelles: "Il y a des incinérations sauvages dans les rues parce que les gens prennent peur et craignent une nouvelle crise sanitiaire". "Nous demandons au préfet des moyens de forces nationales" a-t-il lancé au micro de Matthieu Rouault.

Problème: quelques heures après avoir pris un arrêté de réquisition, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône avait déployé lundi soir plusieurs fourgons de CRS pour sécuriser le site de l'entreprise Polyceo, filiale de Derichebourg chargée de la collecte des poubelles dans les 2e, 15e et 16e arrondissements de la ville. Les salariés concernés n'ont pas déféré à la réquisition", a confirmé mardi la préfecture de police. "Mais il s'agit d'un délit passible de six mois de prison et de 10.000 euros d'amende, et cela peut désormais aller devant le procureur". 

Les raisons de la colère

En grève depuis le 17 décembre dernier, les éboueurs de la cité phocéenne demandent le départ du directeur local de l'entreprise de ramassage de déchet et de son adjoint qu'ils accusent de "harcèlement". Ils exigent aussi l'embauche d'un salarié intérimaire tout récemment annulée.

"On ne peut pas reprendre le travail comme ça", s'excuse presque Lionel Martini, délégué syndical. "Nous sommes confus, mais nous aussi nous en souffrons. Les salariés ne veulent pas du tout reprendre avec cette direction. Il y a une rupture totale de dialogue".

Avec la nouvelle direction, en place depuis 2017 et le transfert de ce marché de collecte des ordures à Polyceo, "c'est la dictature", a répété mardi l'un des salariés grévistes, sous le sceau de l'anonymat, en dénonçant, entre autres, "les vieux camions-bennes recyclés mais constamment en panne", "les gants en plastique pour se protéger du froid" ou "le gel hydroalcoolique distribué dans des bouteilles d'eau minérale".

Face à ces accusations, Thomas Derichebourg, président de Derichebourg Environnement, la maison mère de Polyceo, s'était étonné lundi, auprès de l'AFP, "qu'aucune alerte d'aucune sorte n'ait été faite depuis quatre ans devant les instances de représentation du personnel ou devant la justice". 

Xavier Allain