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Je ne jouerai pas ce soir: la Fête de la musique, c’est plutôt la Fête des patrons de bars

Un groupe joue lors de la Fête de la musique à Lyon en 2015.

Un groupe joue lors de la Fête de la musique à Lyon en 2015. - AFP

Une terrasse, un bar, quelques verres et un concert? Si c’est votre programme pour la Fête de la musique, sachez que les musiciens amateurs ou semi-professionnels ne sont pas tous ravis de jouer le 21 juin. C’est le cas de Romain, musicien trop souvent déçu par les pratiques de certains organisateurs.

Romain à 24 ans. Musicien, il a décidé de faire l’impasse sur la Fête de la musique 2017 après quelques mauvaises expériences.

"Cette année, j’ai décidé de ne pas jouer à la Fête de la musique. L’année dernière, ça ne s’est pas très bien passé, et ce n’est pas la première fois. On m’avait contacté pour jouer dans un bar. Le patron m’avait proposé un cachet, m’avait dit qu’il s’occupait de la com’, que son bar était tout le temps plein… Je m’étais occupé de rien. Après le concert, il a eu envie de baisser le cachet de 40 euros. Il m’a dit que c’était parce que le concert n’avait pas duré assez longtemps. La vraie raison c’est qu’il n’avait sans doute pas assez vendu.

Quand on est musicien, c’est le genre de choses qui arrivent toute l’année. La Fête de la musique c’est la date parfaite pour subir ce genre de choses. Et surtout dans les petites villes. Ils font zéro investissement, les groupes qui jouent achètent des instruments ou louent du matériel et en contrepartie il n’y a rien. Ce n’est plus la Fête de la musique, c’est la Fête des patrons de bar. Il y a des gens qui ont envie de proposer des choses de qualité, je ne mets pas tout le monde dans le même sac.

"Si on ne paie pas les musiciens, pourquoi on ne donne pas des bières gratuites?"

Je comprends aussi que certains essaient de faire de l’oseille. Mais si on ne paie pas les musiciens, pourquoi on ne donne pas des bières gratuites? S’il y a une création de richesse, le partage doit être nécessaire. Sous le prétexte de la passion, les gens acceptent. Il faut qu’ils sachent qu’à côté d’eux il y a un patron de bar qui va bien se remplir les poches, et c’est assez récurrent.

Les bars qui ne font jamais de concert d’un coup se mettent à chercher des groupes. Ils installent la scène dehors un peu à l’arrache, mais généralement il ne faut aucun investissement, tout est à la charge des musiciens. Ces groupes, c’est comme s’ils jouaient en payant de leur poche ! Quand on est amateur voire semi-pro, ça arrive régulièrement. Pour les patrons de bars, il faut absolument faire la Fête de la musique, parce que ça rapporte des sous. Moi ça ne m’intéresse pas beaucoup. Si je dois la refaire, j’essaierai de sélectionner des endroits qui ont l’habitude de recevoir des groupes.

Les musiciens qui acceptent ça veulent se montrer, je comprends, mais ça casse un peu le jeu. Le risque c’est que ce genre de comportement se propage. Si des musiciens acceptent ce genre de conditions, je ne vois pas pourquoi le patron de bar changerait l’année suivante. Donc si vous voulez écouter de la musique mercredi soir, dirigez-vous plutôt vers les lieux de culture habituels".

Propos recueillis par Antoine Maes