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Jonathan, jeune agriculteur: "Malgré la crise, il faut garder espoir"

Une vache du 54e Salon de l'agriculture, le 25 février 2017.

Une vache du 54e Salon de l'agriculture, le 25 février 2017. - AFP

Jonathan Vigneresse est un jeune agriculteur de 27 ans. Il a ouvert son exploitation il y a un moins d'un mois, à Saint-Julien-le-Châtel, dans la Creuse. Malgré les difficultés du secteur, le jeune homme ne se décourage pas et garde espoir. Il se confie à RMC.fr.

Jonathan Vigneresse, 27 ans, s'est installé avec ses beaux-parents en tant qu'agriculteur, au début du mois de février 2017. Son élevage se situe dans la filière laitière, secteur agricole en crise. Mais le jeune homme fait part de sa motivation et de son optimisme à RMC.fr. 

"Il y a un peu plus d’un an, j’ai commencé une formation au lycée agricole. Je me suis installé depuis le 1er février de cette année, mon exploitation est donc très récente. Elle comprend 70 vaches laitières, 15 charolaises, pour un terrain de 170 hectares. 

Durant toute ma jeunesse, j’ai vécu à la campagne. J’ai toujours aimé être avec les animaux et à l’extérieur. Il y a plusieurs années, je voulais déjà m'installer en tant qu'agriculteur, mais je n'en avais pas les moyens financiers. Grâce à mes beaux-parents, j'ai pu avoir cette opportunité et aujourd'hui, nous travaillons ensemble. Devenir agriculteur a toujours été une vocation chez moi.

"Il faut avoir le courage de se lancer"

Au début, je devais travailler en tant que mécanicien agricole chez l'un de mes voisins. J’avais orienté mes études en fonction de ce travail. Et puis, à cause d’une maladie, il a été obligé de délaisser ses activités. Je me suis retrouvé un peu perdu avec mes formations. Je ne voulais pas travailler pour des patrons, dont je n’aimais pas la mentalité. J’ai travaillé en usine, avant de pouvoir créer mon exploitation

Nous sommes en production laitière. Cette filière n’est pas très forte économiquement en ce moment. Mais si on arrive à ne pas trop faire d’excès dans les dépenses, je pense que cela peut fonctionner. Il ne faut pas avoir peur de se lancer dans le lait parce que son prix est en baisse, il faut en avoir le courage.

"C'est difficile de se projeter"

Tous les matins, je me lève à 5h45 pour aller à la traite, qui dure jusqu’à 10 heures. Comme je n’ai pas encore eu mes emprunts pour aménager mes vaches laitières, j’y passe plus de temps que la normale. Le soir, je termine vers 20 heures. En fait, il ne faut pas avoir peur des horaires. D'autre part, la mise en place d'une exploitation reste difficile: il faut remplir beaucoup de papiers, se rendre à de nombreux rendez-vous avec la Chambre de l’agriculture. On doit tout calculer, entre ce qu’on va investir, ce qu’on va vendre, nos revenus, et c’est difficile de se projeter.

Dans mon secteur, nous sommes peu de jeunes agriculteurs. Je l’explique par la conjoncture actuelle: beaucoup d'entre eux ne veulent pas se lancer parce qu’ils ont peur de ne pas pouvoir gagner leur vie. En ce qui me concerne, je pense pouvoir m’en sortir financièrement, et gagner un SMIC. Comme je vis dans la Creuse et que ma femme travaille à l’extérieur, cela nous suffit pour vivre.

"Personne ne fait ce qu'il faut pour nous soutenir financièrement"

En France, on n’aide pas du tout les jeunes agriculteurs à s’installer. Personne ne fait ce qu’il faut pour nous soutenir financièrement. L'Etat veut des exploitations de plus en plus importantes. Alors, quand il ne subventionne que 12.000 euros pour une grande exploitation, cela équivaut à payer une dizaine de vaches seulement. Une exploitation comme la mienne vaut dans les 500.000 euros, en comptant le terrain.

J’ai dû demander beaucoup d’emprunts, que je pourrai rembourser avec la production de lait. D'une année sur l’autre, les aides de l’Etat changent. Seule l’Europe nous aide, grâce à la PAC (politique agricole commune, ndlr). Avec mes beaux-parents, si notre exploitation ne marche pas, on s’est tout de suite dit qu’on arrêterait, qu’on ne s’userait pas la santé pour rien.

"Un jeune agriculteur doit croire en lui"

On parle beaucoup des suicides d’agriculteurs, qui est l’une des professions les moins bien payées de France. Mais je pense que malgré la crise, il faut garder espoir. Simplement, il faudrait vraiment que l’Etat nous aide davantage, et qu’ils arrêtent d’acheter à l’extérieur. Notre production française devrait être exportée dans d’autres pays. Nous, les agriculteurs, on ne comprend pas pourquoi la France n’essaie pas de s’auto-suffire, ce serait tout à fait possible. 

Malgré tout, un jeune agriculteur doit croire en lui, en son projet, et ne pas se préoccuper de l’extérieur. Il a besoin de soutien. Si je n’avais pas été soutenu par ma famille, je ne me serais pas lancé, car on baisse vite les bras". 

Propos recueillis par Alexandra Milhat