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L'impossible (et controversée) carte des "coins" à champignons

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Christophe Boutet avait imaginé en 2015 une carte en ligne pour recenser les meilleurs coins à champignons. Le concept avait fait un carton au début, sauf que ça n'a pas vraiment plu à tout le monde. Certains cueilleurs ont alors décidé de mettre à mal cette carte des "coins secrets".

On est en pleine saison des champignons, et une carte numérique interactive devait nous aider à trouver des champignons, mais ça a déclenché une polémique.

C’est la triste histoire de Christophe Boutet, qui vit en Dordogne, où il a longtemps dirigé une école d’informatique. Mais surtout, c’est un grand amateur de cèpes. En 2015, il a l’idée de créer une carte en ligne pour recenser les meilleurs coins à champignons. Une carte libre, façon Wikipedia, où chacun peut ajouter son spot. Préciser si on y trouve plutôt des bolets, des morilles, des chanterelles.

Au début ça prend à fond: plein de coins à champignon sont enregistrés, en Dordogne, puis en Franche-Comté, en Auvergne, en Bretagne. Au plus fort de son succès, la carte recense plus de 200 spots.

Polémique, menaces et vandalisme 

Mais ça n’a pas du tout plu à certains cueilleurs de champignons, cette carte des coins secrets. C’est un peu le choc des cultures. Entre le monde d’internet, où tout se partage, et celui du champignon, où tout est secret. Un cueilleur raconte que "Sur son lit de mort, un de ses amis a refusé de donner ses coins à champignons, c'est sacré". Du coup, à mesure que sa carte commence à faire du bruit, Christophe Boulet se prend des tonnes de messages critiques.

On lui reproche de livrer des secrets à des incultes qui vont abîmer les sous-bois. Et puis il y a l’enjeu économique: les cèpes, ça se vend au moins 15 euros le kilo. Donc ça ne s’arrête pas aux critiques. Bientôt, on vandalise sa carte. Comme chacun peut la modifier. Chaque soir, un ou des saboteurs supprimaient tous les coins secrets.

Au début, il a replacé les coins à champignon un à un. Mais ça a continué, puis ça a viré aux menaces. Alors il a laissé tombé sa carte. Entre temps, des jeunes ingénieurs ont repris son idée. Avec Champi spot : un concept d’appli où tout marche pareil. Sauf que seul le modérateur peut supprimer les spots, Champi spot a gagné un prix en 2017. Le problème, c’est que depuis, l’appli n’a toujours pas vu le jour.

Le champignon résiste à la technologie

Donc les novices n’ont plus aucune aide pour trouver des coins à champignons. On peut toujours aller en forêt, chercher des coins humides. Et si on tient vraiment à se balader smartphone en main dans les fourrés, on peut toujours télécharger des applis comme Champignouf, IK Champi, ou Champignons pro. Elles aident à savoir si ce qu’on a cueilli est comestible.

Mais là encore : le champignon résiste à la technologie. Les différences sont si infimes entre les bons et les vénéneux qu’il faudra quand même faire vérifier par des pros.

Nina Godart (avec J.A.)