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La lettre de désespoir d'un artisan boulanger à Manuel Valls: "Notre profession se meurt"

Un artisan boulanger de Nice a écrit une lettre au Premier ministre pour l'alerter sur la situation de sa profession, entre "concurrence déloyale" des grandes surfaces et baisse inquiétante de leurs marges, qui pousse, explique-t-il sur RMC, à privilégier des produits surgelés.

C'est un cri d'alarme pour éviter qu'une profession ne meurt. La semaine dernière, Frédéric Roy, installé à Nice depuis quatre ans et artisan boulanger depuis l'âge de 14 ans, a envoyé une lettre à Manuel Valls. Un courrier dans lequel il interpelle le Premier ministre sur la dure réalité de son quotidien. Pour rester un véritable artisan qui fabrique lui-même son pain et ses viennoiseries, il travaille 80 heures par semaine, sa femme 70 heures, tout ça pour gagner 2.500 euros à eux deux par mois. Il ne peut pas embaucher et craint pour l'avenir de la profession.

"Ce qui est compliqué aujourd'hui, ce sont les marges et les bénéfices qui baissent, explique Frédéric Roy sur RMC. C'est dû à l'augmentation de nos matières premières, le lait, le beurre… Mais le principal problème c'est la concurrence déloyale des chaînes de boulangeries et des grandes surfaces qui sont ouvertes sept jours sur sept".

"Pour faire du chiffre d'affaires, il faut acheter du produit industriel et surgelé"

Dans les Alpes-Maritimes, une trentaine d'artisans boulangers disparaissent chaque année pour seulement dix créations d'entreprise. En France, le nombre de boulangeries artisanales est passé de 55.000 en 1970 à 32.000 aujourd'hui.

"Il y a 20 ans on avait des salaires plus que décent quand on faisait 80 heures par semaine en tant qu'artisan boulanger, mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. C'est ce qui fait que bon nombre de petites boulangeries de quartier sont fermées et ne rouvrent pas".

"On en arrive à un point où, pour faire du chiffre d'affaires, il faut acheter du produit industriel et surgelé. Ça fait peur". "L'artisanat c'est la plus grande entreprise de France, et je pense qu'il faut se battre pour relancer ces métiers-là", insiste Frédéric Roy.

Philippe Gril avec Élodie Messager