RMC

Le running est-il devenu un sport de riche? "les joggeurs veulent être beaux en courant"

La 41ème édition du marathon de Paris se tiendra ce dimanche dans la capitale. Une course mythique qui attire des dizaines de milliers de coureurs équipés de la tête aux pieds. Maillots flashy, entrée à 115 euros, baskets à la mode, le running deviendrait-il un sport réservé à ceux qui en ont les moyens? Kévin Blondelle, joggeur depuis six ans et journaliste, répond à cette question pour RMC.fr.

Kévin Blondelle, coureur depuis six ans et journaliste.

"Il y a deux catégories de coureurs. Ceux qui se contentent de leur paire de Kalenji à 20 euros et qui se moquent un peu de tout ce qui peut sortir comme nouveautés. Et puis il y en a d'autres, une grosse majorité, qui achètent les dernières chaussures à la mode et sont prêts à mettre plus d’argent pour la dernière montre connectée ou pour des dossards.

Les marques l’ont bien remarqué. Dans les années 70, le look des coureurs ne ressemblait pas à grand-chose. En revanche, cela s’est nettement amélioré dernièrement. Des marques qui parlent seulement aux coureurs très expérimentés commencent à faire des modèles fashion, avec du fluo, du noir et blanc spécifique etc. Tout est fait pour attirer ces sportifs vers la mode. Nike et Adidas le font beaucoup notamment avec des chaussures qu’on peut même porter dans la vie. C’est devenu une façon d’être beau en courant.

"C'est fou de débourser autant"

On n’est pourtant pas obligés de changer de chaussures régulièrement. Une paire de baskets peut tenir 800 kilomètres mais beaucoup ne les poussent pas jusqu’à cette distance. On n’est pas non plus obligés de les acheter à plein tarif. Il y a des soldes assez souvent. Par contre, pour participer à des grands marathons, c’est différent.

Les coureurs veulent participer à plein de compétitions et se retrouvent confrontés au prix élevé des dossards. Par exemple, celui du marathon de Paris était à 40 euros il y a dix ans. Aujourd’hui il est de 115 euros. A l’époque, on pouvait sortir 40 euros facilement, même un étudiant s’il se serrait un peu. Aujourd’hui, tout le monde ne peut pas débourser ce montant. Ça devient fou de débourser autant pour une course. Si on en fait plusieurs dans l’année et qu’on compte les déplacements, l’achat des barres de céréales, du gel, on paye plus de 150 euros la course. Il suffit d’en cumuler plusieurs dans l’année et ça revient à une fortune.

"Le marathon de Paris, un marathon de riche"

Le marathon de Paris est devenu un marathon de riche. A moins de gagner un dossard, avant autant de chances de gagner au loto, plein de gens ne peuvent pas le courir alors qu’ils peuvent courir d’autres marathons et ne s’en interdisent pas. Ces courses très populaires ne sont plus à la portée de tout le monde. Il y a aussi plein de Parisiens exclus. C’est dommage car c’est la course de leur ville et je sais à quel point ils y sont attachés.

Des personnes habitant en province sont également exclues. Du coup, le marathon de Paris est coupé d’une partie de la population des runners: ceux qui n’ont pas les moyens ou qui n’en ont pas envie car ils ne cautionnent pas ce business. La société qui organise le marathon de Paris s’occupe aussi du Tour de France et elle a compris que si elle le voulait, elle pourrait même mettre le dossard à 200 euros puisqu’il se vendrait. Les prix vont continuer à augmenter car ça marche. Les coureurs ont besoin de leur petit jardin secret, quitte à y laisser des sous."

Propos recueillis par Julie Breon