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Loi sur les négociations commerciales: 9 enseignes alertent sur un risque d'explosion de l'inflation

Dans un communiqué commun, neuf enseignes de la grande distribution alertent sur la proposition de loi du député Frédéric Descrozaille, qui sera débattue ce lundi à l'Assemblée nationale, qui vise à "rééquilibrer" les négociations entre fournisseurs et distributeurs. La grande distribution pointent un risque d'explosion de l'inflation et une loi "pour défendre les multinationales , pro-inflation".

A la veille de l'examen par l'Assemblée nationale d'une proposition de loi que le dirigeant de Lidl Michel Biero qualifiait, jeudi sur RMC, de "pro-inflation et pro-multinationales", les géants français de la grande distribution ont appelé ce dimanche les députés à la "responsabilité", dans un communiqué commun.

Portée par le député Renaissance du Val-d'Oise Frédéric Descrozaille, la proposition "vise à empêcher la négociation commerciale au profit des très grands industriels et va dramatiquement et durablement alimenter l'inflation", attaquent neuf champions français du secteur (Auchan, Carrefour, groupe Casino, Cora, E.Leclerc, Intermarché, Lidl, Netto et Système U) dans une démarche commune qu'ils qualifient d'"inédite".

"Alors que de nombreux sujets sociaux mobilisent déjà une partie des citoyens, (les distributeurs) appellent l'ensemble des députés (...) à mesurer les effets explosifs de cette proposition de loi", écrivent les enseignes.

Adopté mercredi en commission avant un examen lundi en séance publique, le texte vise notamment à rééquilibrer les relations commerciales entre fournisseurs et grandes surfaces, qui achètent leurs produits à des prix fixés à l'issue de négociations tendues.

"Cette loi annule la notion même de 'négociations commerciales'"

Jeudi dans Apolline Matin sur RMC et RMC Story, Michel Biero, dirigeant de Lidl France estimait que l’article 3 de cette proposition de loi, "est extrêmement simple: il dit que c’est la fin des négociations. Cette loi est là uniquement pour défendre les multinationales. Elle n’est pas là pour défendre les TPE, ni les PME, ni les ETI. Elle a été poussée par les lobbyistes et les multinationales pour défendre ces mêmes multinationales. Elle dit que si on nous demande 30%, et qu’au 1er mars nous n’avons pas trouvé d’accord, on nous imposera de payer les 30%."

En effet, en cas d'échec de ces tractations annuelles, la proposition de loi prévoit que le tarif demandé par les fournisseurs s'impose, au lieu des prix de l'année précédente qui prévalaient jusqu'ici: "cette proposition permettrait aux grands fournisseurs d'imposer unilatéralement leurs tarifs aux distributeurs, annulant la notion même de 'négociations commerciales'", s'indignent les distributeurs.

30 à 50% de hausses dans les rayons

La disposition fait bondir la grande distribution, selon qui le texte, s'il était adopté en l'état, risquerait de faire grimper encore le prix des pâtes, des steaks ou des yaourts vendus aux Français, déjà confrontés à plus de 5% d'inflation en 2022.

"C’est une loi pro-inflation, ça va exploser. Ce n’est pas moi qui le dis. Le patron des TPE, PME et ETI a dit que ça allait entrainer des hausses de 30 à 50% sur les étiquettes dans les rayons. C’est une catastrophe pour les Français. C’est une loi pro-inflation, pro-multinationales, mais surtout pas pour le consommateur", estimait Michel Biero jeudi.

Le cabinet de la ministre déléguée au Commerce Olivia Grégoire avait reconnu, lundi, que la proposition de loi présentait "un risque inflationniste". "Nous travaillons avec le député et les autres cabinets concernés pour trouver un compromis acceptable par tous", avait-il ajouté.

Maxime Martinez avec Apolline Matin et AFP