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Pourquoi le prix du gaz explose-t-il en France et dans toute l'Europe?

EXPLIQUEZ-NOUS - Une hausse de 12% qui porte à 40% l’augmentation au cours des quatre derniers mois.

Les tarifs réglementés du gaz vont une nouvelle fois augmenter vendredi. Alors pourquoi le gaz est soudain si cher? A cause de la reprise mondiale qui, elle est liée au recul de la pandémie du Covid. En Chine et en Europe, l’économie repart très fort. La demande est soutenue dans l’automobile, la sidérurgie, l'agroalimentaire, l’aluminium, la chimie. Et ces grands secteurs de l’économie mondiale absorbent 75% de la production de gaz. 

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C’est facile à comprendre, c’est la loi de l’offre et de la demande qui fixe les prix. La demande de gaz est forte, le prix du gaz s’envole. Le cours s’est envolé de presque 300% depuis le début de l’année. Deuxième raison, elle est météorologique. L'hiver dernier à été froid et long dans l'hémisphère nord. On a consommé plus de gaz que d’habitude pour se chauffer. Les stocks sont aujourd’hui au plus bas. Il faut reconstituer ces réserves avant l’hiver. Cela augmente encore la demande. 

Et quand est il de l'offre? Est-ce que l’on ne peut pas augmenter la production de gaz?

La France ne produit pas de gaz. Ou quasiment pas. Donc il faut se tourner vers les pays producteurs. Mais ces pays ne peuvent pas ou ne veulent pas produire plus. 43% du gaz que nous importons vient de Norvège. 

Il y a exactement un an aujourd’hui, la Norvège a connu un important incendie sur un site de production dans le nord du pays. La première usine de liquéfaction de gaz en Europe est fermée depuis cet accident. Ajoutez à cela des opérations de maintenance sur de nombreuses plateformes offshore en mer du Nord et voilà pourquoi la Norvège, notre premier fournisseur, ne peut pas augmenter sa production. 

Et la Russie ? C’est notre deuxième fournisseur. 

Mais là, on est dans une toute autre problématique. Là, on parle géopolitique et enjeux stratégiques. Poutine utilise le gaz comme une arme. Il n’a aucun intérêt en ce moment à augmenter sa production pour faire baisser les prix. Au contraire, il a tout intérêt à faire comprendre aux européens à quel point ils dépendent de lui pour se chauffer. 

La ministre américaine de l’énergie vient de dénoncer les manipulations des russes sur les cours du Gaz. Mais les Russes lui répondent ”cause toujours”. Le bras de fer entre Moscou et Washington porte en particulier sur la construction d’un pipeline. Nord stream 2, un immense tuyau pour acheminer le gaz russe directement en Allemagne en passant sous la mer baltique. 

Les Américains depuis plusieurs années font tout pour empêcher la construction de ce pipeline, en sanctionnant les entreprises russes et allemandes qui le construisent. Résultat le tuyau n’est toujours pas terminé et les Russes ne peuvent pas livrer leur gaz directement à l’Allemagne. 

Les Russes sont les premiers producteurs de gaz dans le monde, ex aequo avec les américains. Il y a un adage qui dit que lorsque l’on parle d'énergie, de pétrole et de gaz, les grandes puissances ne rigolent plus. 

En attendant, toute l'Europe est en difficulté

L'explosion des prix du gaz est un sérieux problème pour tout le monde. En Espagne, on a vu des manifestations de colère et le gouvernement vient de diviser par deux les taxes sur le gaz. En Grande-Bretagne, on a relancé des centrales à charbon pour produire de l'électricité en se passant du gaz mais elles sont très polluantes. En Italie, le Premier ministre Mario Draghi vient de débloquer une enveloppe de 3 milliards d'euros pour alléger les factures des particuliers. 

En France un chèque énergie de 100 euros sera envoyé en décembre à 6 millions de foyers. Mais ça ne suffira pas parce que la hausse du prix du gaz va aussi entraîner mécaniquement une hausse du prix de l'électricité qui coûtera plus cher que 100 euros par foyer. 

C’est une bombe à retardement. Personne n’a oublié qu’en 2018, la revolte des “Gilet Jaunes” est né de l’augmentation du prix de l’energie. A l’époque c'était l’essence, demain cela pourrait être le gaz.

Nicolas Poincaré