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Pourquoi le prix du gaz flambe encore en Europe

Dans "Apolline Matin" ce mercredi sur RMC, Nicolas Poincaré a expliqué pourquoi le prix du gaz flambe encore en Europe, sur fond de tension avec la Russie.

Le prix du gaz a battu un nouveau record en Europe, ce mardi, à cause du froid et des tensions avec la Russie. Et les compteurs s'affolent. Les cours du gaz ont progressé de 22% pour la seule journée, de 90% depuis le début du mois, de 1.000% depuis le début de l’année. Sur les marchés, le gaz s'achète et se vend dix fois plus cher qu’en janvier dernier. Certains parlent déjà d’un choc gazier, comme on avait connu un choc pétrolier en 1973…

Comment expliquer une telle hausse ? D’abord par la loi de l’offre et la demande. La demande est forte grâce ou à cause de la reprise mondiale. La Chine achète la plus grande partie du gaz liquéfié sur le marché mondial, ce qui fait monter les prix.

Mais la flambée de mardi s’explique surtout par des raisons saisonnières. L’hiver vient de commencer. On s’attend à une vague de froid en Europe. Il fait ce matin -6°C en Alsace et -20°C à Moscou… Rien d'exceptionnel mais de quoi faire encore monter le prix du gaz, dont les cours fluctuent toujours en fonction du thermomètre.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous, les consommateurs ? Il n’y aura pas de répercussion immédiate parce qu'après les très fortes hausses depuis le début de l’année, le gouvernement a instauré fin octobre un bouclier tarifaire. C'est-à-dire un gel des prix jusqu’à avril prochain.

Mais un jour ou l’autre, les hausses finiront bien par être répercutées, sur nos factures de gaz et sur nos factures d'électricité. Parce qu'à l'échelle européenne, une partie de l'électricité est produite par des centrales à gaz. Plus la demande est forte, plus on utilise ces centrales. En hiver, la France importe de l'électricité, en partie indexée sur le prix du gaz. Donc quand le gaz augmente de 22% en une journée comme mardi, il ne faut pas se leurrer, on finira par le payer d’une façon ou d’une autre…

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La Russie n’a pas l’intention de venir en aide à l'Europe

Un seul homme pourrait mettre un terme à cette escalade: Vladimir Poutine, le président russe. Il est le seul en effet qui pourrait intervenir sur les cours. Il suffirait qu’il annonce que la Russie va augmenter ses exportations vers l'Europe. Seulement, il ne le fait pas. Au contraire, le géant russe Gazprom a renoncé mardi à réserver des créneaux sur les gazoducs. Le message était très clair, la Russie n’a pas l’intention de venir en aide à l'Europe.

Mais Poutine a envoyé un autre message encore plus clair. Ces derniers jours, on a constaté des microcoupures sur le gazoduc Yamal. Le plus grand du monde, qui va de la Sibérie jusqu’en Allemagne. A l'arrivée, la pression a été divisée par cinq. Et pendant quelques heures, il n’y avait plus de gaz du tout. Aucune explication n’a été avancée, mais tout le monde a compris: les Russes nous ont dit : "N’oubliez pas qu’on a les moyens de couper le gaz à l’Europe".

Pourquoi le président russe se montre-il aussi hostile ? A cause des tensions autour de l’Ukraine. La Russie et l’Otan s'accusent mutuellement de masser des troupes aux frontières. Mardi, Vladimir Poutine a promis que sa réponse serait "militaire" si les Occidentaux ne mettent pas fin à leur politique menaçante.

Tous ces messages guerriers, toutes ces menaces russes, s'adressent en réalité principalement aux Allemands. La nouvelle ministre des Affaires étrangères allemande, Anna Lena Baerbock, est partisane d’une position très dure face à la Russie. Celle qui est aussi la chef du parti écologiste est contre l'ouverture d’un nouvel oléoduc entre la Russie et l’Allemagne, le fameux Nord Stream 2. 

Un nouveau tuyau qui passe sous la Mer baltique, qui est prêt. Il n’y a plus qu'à ouvrir le robinet. Mais les écolos allemands ne le veulent pas et retardent l’échéance…

Vladimir Poutine fait donc pression sur le nouveau chancelier Olaf Scholz, pour qu’il calme ses alliés écolos et qu’il ouvre le robinet. Et en attendant, à cause de ce bras de fer, toute l'Europe va payer cher pour se chauffer cet hiver…

Nicolas Poincaré