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Pourquoi n'ose-t-on pas refuser un cadeau qui ne nous plaît pas?

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- - Joël Saget - AFP

A peine ouverts et déjà revendus sur Internet. On a de moins en moins d'états d'âme à revendre sur le net nos cadeaux de Noël. Mais pourquoi ne pas tout simplement dire à ceux qui nous les offrent qu'ils ne nous plaisent pas? C'est la question que RMC.fr a posé au psychiatre Samuel Lepastier.

Le Docteur Samuel Lepastier est psychiatre, directeur de recherche à l’université Paris Diderot et chercheur associé à l'institut des Sciences de la communication du CNRS. Il est l'auteur notamment de "L'incommunication" (CNRS éditions).

"Il y a plusieurs raisons. La première, c'est qu'on est poli. Les codes de politesse font que lorsqu'on reçoit un cadeau, même s'il ne nous plait pas, nous devons dire que c'est très bien trouvé, avec peut être une certaine hypocrisie. Mais cette hypocrisie nécessaire permet le maintien de relations: si nous disions à chaque personne ce que nous pensons vraiment, la vie en société serait compliquée, sinon impossible.

La seconde raison, c'est que la façon de donner vaut mieux que ce que l'on donne. C’est-à-dire que même si un cadeau ne nous plaît pas fondamentalement mais qu'il vient d'une personne que nous aimons, nous sommes touchés par cette attention et nous l'acceptons comme un témoignage d'amour, même s'il est maladroit ou incongru. Une mère est ainsi toujours touchée par les cadeaux de ses enfants même si, au fond, ils ne sont pas d'une grande utilité ou que leur valeur marchande est dérisoire.

"Éviter une crise"

La troisième raison, c'est de vouloir éviter de déclencher une crise: par exemple quand le cadeau du conjoint n'est pas ce qu'il aurait dû être. Là, on accepte le cadeau tel qu'il se présente. Mais on remarque que ces normes sociales ont moins d'importance aujourd'hui puisque dès le lendemain de Noël des gens revendent leurs cadeaux sur Internet de façon anonyme.

Finalement, refuser un cadeau, c'est refuser quelqu'un, donc ce n'est pas possible. Par définition, il ne peut pas bien le prendre. Critiquer le cadeau de quelqu'un, c'est comme si on critiquait cette personne. Refuser peut témoigner d'une mauvaise relation avec l'autre. En général, le cadeau qu'on reçoit avec gêne, même si on ne le dit pas, c'est le cadeau qui témoigne d'une ambivalence de la personne qui l'offre, et qui laisse à penser que la personne ne l'a fait que parce qu'elle était obligée.

"C'est comme si on critiquait la personne qui offre"

Mais ne pas apprécier un cadeau, ce n'est pas fondamentalement ne pas apprécier quelqu'un. La question n'est pas tant le cadeau que le lien que nous avons avec la personne. Quand on déteste quelqu'un, même avec la meilleure volonté, on offre le cadeau qui ne faut pas et le cadeau qui fait mal, c'est ce que l'on appelle un acte manqué.

Le reproche ne sert strictement à rien. La solution c'est, avant la fête, de dire quel cadeau on aime ou quel cadeau on aime pas.

Propos recueillis par Philippe Gril