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Produire sans pesticides, c'est possible: "Je n'essaye pas de faire pousser des plantes contre-nature"

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REPORTAGE - Alors que les experts de l'Union européenne se penchent à nouveau ce vendredi sur le renouvellement de l'autorisation du glyphosate, une substance herbicide très utilisée aux effets controversés sur la santé, RMC a constaté qu'il existe des alternatives aux pesticides. Exemple chez un céréalier installé au sud de Toulouse.

Quel avenir pour les pesticides et les herbicides en Europe? Que faire du plus célèbre d’entre eux, le glyphosate, alors que beaucoup d'agriculteurs l'utilisent notamment pour la culture du blé, de l'orge et du colza? Mais son utilisation fait débat. En effet, ce désherbant est pointé du doigt pour les dégâts sanitaires et environnementaux qu'il provoquerait. Alors que l'an dernier, le Centre international de recherche sur le cancer le classait même comme cancérigène probable et que l'OMS contredit ce résultat avec une autre étude indiquant qu'il est "improbable" que cette substance "constitue un risque cancérigène pour les humains", les experts de l'Union européenne se penchent à nouveau ce vendredi sur le renouvellement de son autorisation.

Mais il existe des alternatives à ces produits chimiques. Et les agriculteurs en font la démonstration depuis des années. C’est le cas chez Laurent Clavié, installé au sud de Toulouse, dans la commune de Mauzac. Ce céréalier possède 70 hectares de champs de sorgo, de sarrasin, de maïs, d'orge… et sur place aucune trace de pesticides ou d’herbicides sur les sols cultivés. Pour protéger ses cultures, il le dit lui-même la solution est ailleurs.

"Je suis à l'écoute de mon sol"

"Une fois que la culture est implantée, on va utiliser des éléments mécaniques, à savoir des outils de binage, sur des cultures d'été telles que le tournesol ou le maïs. On aura un travail excellent sans mettre de produits particuliers", confie-t-il à RMC. Il y a encore six ans, cet amoureux de la nature était directeur d’un grand magasin de sports à la périphérie de Montpellier.

Aujourd'hui, âgé de 46 ans, ce céréalier bien est convaincu qu’il y a un avenir sans pesticides. "Je suis à l'écoute de mon sol, je trouve des plantes adaptées à mes sols et je n'essaye pas de faire pousser des plantes contre-nature. Depuis quelques années maintenant, l'été, je fais du sarrasin. Cela me permet d'avoir une plante adaptée à mon sol, qui ne mange pas d'eau et qui va inhiber la pousse des plantes." Une alternative au glyphosate qui lui garantit des produits de qualité comme il l'explique: "Je n'ai pas une course au rendement mais j'ai une course à la qualité et à la valorisation. Et ma production me permet de vivre très convenablement de mon activité".

Techniques mécaniques et rotations des cultures

Produire sans pesticides, c'est possible. Virgil Bézin, directeur de la Fédération régionale des agriculteurs bio de Midi-Pyrénées, en est lui aussi convaincu: "Chaque jour des milliers d'agriculteurs en France ont font la preuve en réussissant très bien des cultures sans produits chimiques de synthèse et notamment sans le glyphosate mais en utilisant des techniques mécaniques et grâce aux rotations des cultures".

Et de donner quelques conseils: "Pour les grandes cultures, il faut éviter de faire revenir trop souvent la même culture sur la même parcelle. Cela nécessite des changements de pratique, de la formation, de l'information car les techniques de l'agriculture biologique sont très pointues et demandent une vraie évolution de la part des agriculteurs".

Maxime Ricard avec Jean-Wilfrid Forquès