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Quand des personnes dorment dans la rue, chauffer les terrasses est anachronique voire provoquant

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Boire un café en terrasse par période de grand-froid, c’est possible grâce au chauffage des terrasses. Un dispositif que dénonce Dominique Feutry, président de l’association "Vivre le Marais", qui estime cette  pratique polluante et moralement douteuse lorsque des sans-abri dorment dans le froid.

Dominique Feutry, président de l’association Vivre le Marais

"On parle beaucoup de lutte contre la pollution, et nous pensons que laisser de côté les chauffages en terrasses des bars-restaurants serait une mesure visible. La mairie de Paris sur ce sujet n’est pas du tout en cause: le tribunal administratif l’a même débouté de sa demande d’interdiction. On fait tellement attention à tout ce qui pollue, tout ce qui peut provoquer des déperditions d’énergie. Ces chauffages interpellent...

Aujourd’hui, il y a même des tables chauffantes, des tables avec un chauffage à l’intérieur. Il y a tant de choses à faire pour éviter la pollution et faire des économies d’énergie... Les terrasses chauffées sont à contre-courant sur ce plan, même si elles abritent aussi les fumeurs qui ne peuvent plus fumer à l’intérieur. Le tiroir-caisse l’emporte malheureusement, d’autant que la fréquentation touristique est en baisse.

"Plus personne dans la plupart des terrasses et les chauffages marchaient"

Mais c’est dommage. En plus, quand vous regardez bien, il y a beaucoup d’endroits où les chauffages sont en marche alors que la terrasse est déserte ou peu fréquentée …. Cette semaine, je suis rentré chez moi vers 21h, il n’y avait plus personne dans la plupart des terrasses et les chauffages étaient allumés. 

De plus, dans cette période de grand-froid, alors que nombre de personnes dorment dans la rue, chauffer les terrasses est anachronique voire provoquant. On n’imagine pas que l’on chauffe des terrasses pour y mettre des gens qui sont dehors et qui ont froid. C’est un peu comme celui qui ne peut pas se payer une voiture et qui voit une Porsche devant chez lui tous les soirs.

Avec notre association, on est un peu le poil à gratter sur des sujets qui perdurent et portent atteinte à la qualité de vie des habitants. Beaucoup d’exploitants connaissent nos positions, certains tiennent compte de nos remarques quand d’autres s’en moquent éperdument.

"On vous répond que les temps sont difficiles, qu’il y a des emplois à la clé"

Quand nous parlons avec des patrons de bars ou de restaurants, ils sont très malins. Ils vous disent qu’ils sont d’accord avec vous, mais dès que vous êtes partis, ils ne changent pas leurs habitudes. On vous répond que les temps sont difficiles, qu’il faut attirer le client, qu’il y a des emplois à la clé, qu’on serait obligé de licencier si jamais il y avait moins de monde. 

Nous sommes membre d’un réseau, "Vivre Paris!" qui regroupe des associations de quartier qui comme nous essaient de défendre la tranquillité des habitants, qui souhaite moins de AirBnB, qu’il y ait moins de bruit la nuit, moins de fêtes.

Nous estimons que la mairie de Paris fait tout pour développer la vie nocturne. Et nous estimons aussi que s’il faisait plus froid sur les terrasses en hiver il y aurait peut-être encore moins de monde. On n’est pas contre la fête, mais on est contre la fête qui indispose tout le monde. Celle où les gens ne font plus attention, ne tiennent pas compte des habitants et font preuve d’un égoïsme de mauvais aloi".

Propos recueillis par Antoine Maes