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Renégociation des crédits immobiliers: "Les banques ont tout intérêt à jouer la montre"

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Selon une étude de l’UFC-Que Choisir, les pratiques des banques dans le cadre d’un remboursement de crédit immobilier sont assez discutables. Avec des taux encore très bas, les consommateurs renégocient de plus en plus leur emprunt. Mais selon Mattieu Robin, chargé de missions banques à l’UFC-Que Choisir, ils font aussi de plus en plus face à des banques qui traînent sciemment des pieds.

Mattieu Robin, chargé de missions banques à l’UFC-Que Choisir.

"La première difficulté que rencontrent les consommateurs, c’est quand ils souhaitent réaménager leur crédit immobilier auprès de leur banque initiale. Ils ont beaucoup de mal à avoir des réponses définitives. Les banques ont tout intérêt à jouer la montre en faisant traîner les dossiers.

Etant donné la difficulté des démarches, les consommateurs vont se décourager. Quand on leur promet un réaménagement qui n’aura finalement pas lieu, il leur faudra une nouvelle fois démarcher la concurrence, obtenir l’ensemble des documents… Donc quand on ajoute délais après délais, mois après mois, c’est autant d’intérêts qui seront remboursés à la banque initiale.

"Quelqu’un a envoyé quatre courriers recommandés à la Banque Postale et a eu une réponse au bout de cinq mois"

Il y a deux cas de figure. D’abord celui d’un réaménagement de crédit qui s’effectue au sein de la banque initiale. Cela représente 4% des 492 litiges qu’on a observés entre 2010 et 2017. Les consommateurs vont solliciter l’établissement bancaire et n’auront pas du tout de réponse, malgré de nombreux appels et des courriers recommandés. Les conseillers bancaires refusent même de prendre rendez-vous. On a le cas de quelqu’un qui a envoyé quatre courriers recommandés à la Banque Postale et qui a eu une réponse au bout de cinq mois.

Ensuite, et c’est presque plus grave, dans 9% des cas, des consommateurs ont obtenu un accord formel ou informel du conseiller qui dit ‘bien sûr monsieur, nous allons renégocier votre crédit immobilier’. Et la difficulté pour ces gens qui n’ont pas sollicité la concurrence pour obtenir le rachat, c’est que plusieurs mois après, le réaménagement n’a toujours pas eu lieu. On a le cas d’un consommateur qui a dû patienter trois ans pour obtenir son réaménagement. Et ce n’est pas un cas isolé, malheureusement.

"La banque traîne des pieds pour ne pas voir son client partir à la concurrence"

La vraie difficulté, qui représente 10% des litiges traités, ce sont des cas de consommateurs qui ont obtenu un accord de rachat par une banque concurrente. Mais pour l’obtenir, il faut se procurer un décompte de remboursement anticipé, fourni par la première banque. On a des contracteurs qui au bout de plusieurs mois de relances, ne l’obtiennent pas. Cela bloque complètement l’opération et ça réduit les gains potentiels des consommateurs de façon complètement indue. Parce que la banque traîne des pieds pour ne pas voir son client partir à la concurrence.

Le premier conseil, quand on a déjà un prêt immobilier, c’est de toujours faire un courrier recommandé avec accusé de réception. Et exiger une réponse rapide et écrite. Ne pas se fier à une promesse orale de son conseiller bancaire. Et ensuite, il faut démarcher la concurrence. Cela permet au consommateur de pouvoir négocier son taux et les frais d’avenant qu’il aurait à payer dans le cadre d’un réaménagement.

"Les tarifs des frais d'avenant varient de 1 à 16 selon les banques"

Parce que dans le cadre de ces frais d’avenant, il y a aussi d’importantes disparités. On s’est aperçu que les montants planchers de ces tarifs varient de 1 à 16. Il peut coûter 1.500 euros à la Banque Populaire du Nord contre 90 euros à la Caisse d’Epargne d’Alsace. C’est considérable. Sur les frais de dossiers dans le cadre d’un rachat, ça va coûter 750 euros chez ING Direct contre 100 euros à la Banque Postale. Il n’y a rien d’illégal, mais ce sont des pratiques tarifaires qui réduisent le nombre potentiel de consommateurs qui seraient intéressés par la renégociation de leur crédit.

Depuis 2012 et le début de la vague de renégociation de crédits, les banques se sont rattrapées sur ces tarifs-là. Alors que les prix à la consommation n’ont progressé que de 4%, les frais d’avenant en pourcentage du capital restant dû ont progressé de 18%. Les tarifs planchers ont, eux, progressé de 43%. Les frais de dossier de 24%. C’est une explosion de la facture".

Propos recueillis par Antoine Maes