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SOS Racisme teste les campings: les discriminations ne prennent pas de vacances

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SOS Racisme a lancé une campagne de testing dans des campings de la région Paca. Sammia Chabbaoui, qui a coordonné cette campagne pour l’association, raconte que si les cas ne sont finalement pas nombreux, la discrimination pour l’hébergement de vacances existe quand même.

Sammia Chabbaoui est responsable du développement local à SOS Racisme. Coordinatrice du testing dans les campings.

"Plusieurs personnes, et notamment des jeunes, nous ont dit qu’elles ne comprenaient qu’on leur ait refusé l’accès à un camping ou un à hôtel parce qu’elles ‘n’avaient pas la tête’. Donc on a lancé la campagne de testing dans une quinzaine de campings en région Paca. Le principe c’est de faire se présenter des personnes de type différents: européens, maghrébins, africains. Mais avec le même profil pour une même offre.

"La réceptionniste leur a dit qu'elle n'avait pas de place"

A Nice, on a envoyé trois hommes entre 20 et 30 ans dont la couleur de peau est noire. Ils n’ont même pas eu le temps de dire bonjour que la réceptionniste leur a dit ‘non on n’a pas de place’. On a envoyé une quinzaine de minutes plus tard trois personnes, avec toujours le même profil, mais avec un type occidental. Ils ont demandé la même chose. Et là, la même réceptionniste leur a dit ‘oui, on a même une place parking si vous avez une voiture. Venez je vous fais visiter’.

On a eu un autre cas dans les Bouches-du-Rhône. C’était plus subtil. Cette fois les testeurs étaient des couples. La première équipe qui est partie – un couple de maghrébins - a demandé un emplacement ou un bungalow. Il n’y avait plus rien à part des tentes. Finalement, la réceptionniste, qui était elle aussi maghrébine, a passé dix minutes au téléphone pour nous dire qu’elle avait un bungalow. Le troisième groupe, celui avec des occidentaux, n’a même pas eu à négocier, il a eu un bungalow directement.

"Un cas et demi sur une région, on peut se dire que ce n’est pas grand-chose"

Un cas et demi sur une région, c’est vrai qu’on peut se dire que ce n’est pas grand-chose. Mais il faut insister sur l’importance de rester vigilant. Il y a mille et une raisons qui font que les campings n’ont peut-être pas discriminé à ce moment-là. On ne les choisit pas au hasard: pendant un mois et demi, on a fait des testings par téléphone et par mail et on a décidé d’aller dans ceux où il y avait discrimination. Mais sur place ce n’était plus le cas. Donc soit ils ont été prévenu, ça arrive. Soit le réceptionniste ou le dirigeant qui a discriminé par mail n’était pas là à ce moment-là. Aussi faibles soient-ils, on a quand même eu des résultats.

Toute l’année, on fait des testings parce qu’on ne trouve pas de travail ou de logement. Des choses qui peuvent paraître plus "sérieuses". Quand c’est un camping, les gens se disent souvent qu’il y en a plein et qu’ils pourront trouver une place n’importe où. Mais c’est quand même frustrant et embêtant de se dire qu’on ne peut pas partir en vacances alors qu’on a les moyens, qu’on a économisé toute l’année. On entend souvent "je n’ai pas la tête de l’emploi" mais entendre "je n’ai pas la tête des vacances", c’est assez alarmant comme situation".

Propos recueillis par Antoine Maes