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Steaks hachés frauduleux: avez-vous confiance en ce que vous mangez? Ça fait débat sur RMC

Mercredi, le Sénat a rendu son rapport dans l’affaire des steaks hachés frauduleux fournis à des associations caritatives. Celui-ci est accablant. Ce rapport pointe des "défaillances lourdes des autorités de l’Etat concernant les contrôles".

De l’estomac, du cartilage ou encore du soja... c’est ce que contenait la viande de steaks hachés frauduleux qui ont été fournis à des associations caritatives. Un rapport du Sénat met en cause l’État concernant les contrôles, car l’entreprise polonaise qui est mise en cause a gagné un marché public Donc il y a eu un appel d’offres.

Autre souci, impossible de savoir d’où vient la viande de ces steaks hachés frauduleux. Pour rappel, il y a quatre mois, des associations alertent la répression des fraudes. Deux mois plus tard, la DGCCRF révèle que des tonnes de "faux" steaks hachés ont été livrés aux Restos du Cœur, au Secours populaire, à la Croix-Rouge, et aux banques alimentaires. Au total, 5 millions de personnes sont susceptibles d’en avoir mangé.

Normalement, les steaks ne doivent contenir que du muscle. Là, ils contenaient de l’estomac, du cartilage, du soja... Soit de tout sauf ce qu’il fallait. 

Le rapport du Sénat fustige le fait que depuis deux ans, on ne demande plus de tests gustatifs pour les steaks hachés. Et comme il y a moins de contrôles, les industriels se lancent dans une course au prix, au détriment de la qualité. 

Thomas Laurenceau est journaliste anciennement à 60 millions de consommateurs. Pour lui, il faut impérativement revoir tout notre système de contrôle de l'alimentation. 

"Il y a quand même des raisons de s’inquiéter parce que de plus en plus, les contrôles, sont des autocontrôles. Il n’y a plus assez d’inspecteurs des services de la répression des fraudes où des vétérinaires pour faire le travail sur le terrain. Et de plus en plus, ils délèguent le travail aux entreprises. Alors quand l’entreprise est honnête, c’est très bien, mais parfois, on l’a vu dans des scandales récents, il y a des entreprises qui masquent les problèmes. Il y a un système qui reste un peu trop flou. Il y a un brouillard sur lequel des personnes mal intentionnées peuvent jouer", explique-t-il. 

Effectivement, la répression des fraudes a perdu plusieurs centaines de fonctionnaires en quelques années notamment des inspecteurs de terrain. Quasiment un quart d’agents en moins entre 2005 et 2015. 

Des scandales qui se multiplient

Mais pour Bruno Parmentier auteur-conférencier et consultant spécialisé dans les questions agricoles et alimentaires. Pour lui, nous sommes trop exigeants. 

"Notre système de contrôle est l’un des meilleurs au monde. Il faut continuer à financer la police de l’alimentation. Il y a de plus en plus de scandales alimentaires parce que la nourriture que nous mangeons est de plus en plus sûre. Mais en même temps, notre exigence ne cesse de monter. On a appliqué des règles dures à chaque scandale. Les citoyens sont de plus en plus motivés, la police est de plus en plus motivée, la justice est de plus en plus motivée", affirme-t-il. 

Bruno Parmentier le dit, cette affaire des faux steaks hachés n’est pas le seul scandale alimentaire récent. Souvenez-vous les tartelettes Ikea avec des traces de matières fécales, les lasagnes pures bœuf avec de la viande de cheval. 

Le rapport du Sénat fait 18 recommandations pour éviter que de telles affaires se reproduisent. Parmi elles, les renforcements des appels d’offres pour éviter que le moins cher et potentiellement le moins bon remporte le marché.

Lucas Scaltritti avec Guillaume Descours