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Sur les plages, le premier déchet qu’on trouve, ce sont des mégots de cigarettes

Une collecte de déchets à Lacanau en 2014.

Une collecte de déchets à Lacanau en 2014. - AFP

Selon des chercheurs des universités de Géorgie et de Californie, aux Etats-Unis, 8 millions de tonnes de plastique se retrouvent chaque année dans les océans. Les mieux placés pour se rendre compte de cette pollution sont ceux qui participent au ramassage des déchets sur les plages. C’est le cas de Sarah Samama, membre d’Initiatives Océanes, qui témoigne pour RMC.fr.

Sarah Samama, 23 ans, assistante chef de projet chez Initiatives Océanes, participe à des collectes de déchets sur les plages depuis plusieurs mois.

"En faisant des ramassages sur les plages, on prend vraiment conscience de la problématique des déchets aquatiques. Ce n’est pas pareil que de regarder les infos ou de voir un documentaire. Quand on voit de ses propres yeux la pollution sur le littoral, c’est quelque chose qui vous marque un peu plus.

Nous, on travaille sur les plages de Biarritz ou Anglet. La dernière c’était la semaine passée. Sur certaines collectes, on peut ramasser une quinzaine de sacs, et ils font 40 litres chacun. Parfois c’est beaucoup moins, mais c’est parce qu’on se concentre sur les micro-déchets. On trouve beaucoup de larmes de sirènes, qui sont des espèces de billes de plastique. La quantité varie selon les événements météorologiques.

"La plupart des déchets coulent au fond de l’eau donc les gens ne peuvent pas les voir"

En général, les gens ne s’en rendent pas compte. D’autant que la plupart des déchets coulent au fond de l’eau donc les gens ne peuvent pas les voir. Et tant que les déchets ne sont pas volumineux, les gens arrivent sur la plage et se disent ‘mais globalement elle est super propre cette page, donc pourquoi vous la nettoyez?’. A ce moment-là, on leur montre ce qu’on trouve. Et à la fin de la collecte, quand on leur demande s’ils pensaient qu’on trouverait autant de déchets, ils comprennent l’intérêt du ramassage.

Je ne trouve pas ça décourageant. Ok, on n’enlève qu’une toute petite partie des déchets. Mais je suis déjà super contente de me dire qu’on enlève cette petite goutte. Elle y resterait si on en n’était pas là. Ça fait plusieurs mois que je fais des ramassages, et je suis à chaque fois contente quand j’en sors. Ce qui est décourageant, c’est de se dire que d’année en année, les quantités se modifient très peu.

"80% des déchets qu’on trouve sur les plages viennent des terres"

La donnée qui étonne le plus, c’est que 80% des déchets qu’on trouve sur les plages viennent des terres. Ce ne sont pas forcément les usagers des plages qui les laissent là. Ça vient des villes environnantes. Ou même de beaucoup plus loin selon le cycle de l’eau. Au départ, ça peut être une poubelle qui se renverse, et le vent qui fait voler les déchets. Parfois, il y a des déchets qui s’échappent des filières de retraitement.

Etonnement ça ne dégoûte pas les gens de se baigner. Ils ne vont pas retourner le sable et prendre conscience de tous les déchets qu’il y en-dessous d’eux. Et puis dans l’eau, sauf quand la ville prévient que la baignade est déconseillée pour une pollution de l’eau, les gens ne se rendent juste pas compte. D’où l’intérêt de la sensibilisation par notre action.

Le premier déchet qu’on trouve, ce sont des mégots de cigarettes, surtout en été. Ensuite, ce qu’on trouve beaucoup ce sont des fragments de plastique. Les déchets volumineux, comme des bidons ou des cagettes, c’est beaucoup plus rare. Enfin, ce qu’on retrouve aussi ce sont des fragments de filets de pêche ou des cordelettes. Mais les micro-plastiques, c’est vraiment la chose la plus dangereuse. En se fragmentant, ça va vraiment polluer l’eau. Et les animaux ne les voient pas donc ça s’ingère très facilement.

Une prise de conscience de la population? En tout cas il y a un intérêt. Quand on nous voit ramasser sur la plage, on nous dit que c’est bien ce qu’on fait, sans pour autant venir mettre la main à la pâte pour nous aider. Mais d’une manière générale, l’intérêt de l’engagement environnemental chez les citoyens augmente d’année en année. La nouvelle génération s’intéresse beaucoup plus à ça".

Propos recueillis par Antoine Maes