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Toujours plus d'exploitations agricoles en faillite: "Parfois, on pense au pire"

C'est un secteur en crise permanente. Alors que les défaillances d'entreprises reculent en France cette année, les fermetures d'exploitations agricoles ont augmenté de 7%. A la veille du verdict des Etats généraux de l'alimentation qui doit permettre aux agriculteurs d'être mieux rémunérés, RMC a rencontré Patrice, éleveur de vaches laitières en faillite.

Le verdict des Etats généraux de l'Alimentation tombe ce jeudi, avec des attentes fortes notamment des agriculteurs, qui espèrent un rééquilibrage des rémunérations en leur faveur. En octobre, le chef de l'Etat Emmanuel Macron a promis une nouvelle loi sur les négociations commerciales entre producteurs, industriels et distributeurs. Les agriculteurs se sentent lésés, et les faits leur donnent raison: cette année, 1.281 défaillances d'entreprises agricoles ont été répertoriées, soit une hausse de 6,7% par rapport aux douze mois précédents. Alors que sur l'ensemble des entreprises du pays, les défaillances ont reculé de 7% tous secteurs confondus. Le chiffre des défaillances agricoles ne cesse de progresser depuis plusieurs années: l'Insee avait recensé 1.241 défaillances d'exploitations (+9,1%) en 2016, 1.137 en 2015 (+1,2%), 1.123 en 2014 (+11,5%).

"On se demande ce qu'on a fait pour en arriver là"

RMC a rencontré Patrice, éleveur de 50 vaches laitières dans la commune de Nivillac, dans le Morbihan. Depuis 2015, année de la crise du lait, il est en redressement. "Je ne sais plus quoi faire. Je n'arrive plus à payer les factures. C'est prenant. On se demande ce qu'on a fait pour en arriver là. J'ai un découvert à la banque qui est en permanence dépassé". Patrice raconte que, malgré sa volonté de "sauver la boutique" comme il dit, il a plusieurs fois "penser au pire."

"On est maîtres de rien aujourd'hui"

Si Patrice reconnait qu’il a parfois mal géré son exploitation, c’est pour lui la crise du lait qui l’a mené tout droit à la faillite. "Comme beaucoup, cela a été un coup de massue, la goutte d'eau qui a fait déborder le vase". "Tout corps de métier doit pouvoir vivre de son travail, pouvoir se retirer un salaire", s'agace-t-il. "On ne maîtrise pas les coûts de production, ni les coûts de vente des produits, on ne discute de rien. On est maîtres de rien aujourd'hui. Il n'y a que nous, les agriculteurs, qui subissons comme ça", dénonce-t-il. Avec la procédure de redressement judiciaire les dettes de Patrice ont été gelées. Mais il lui faudra plus de 10 ans pour tout rembourser.

P. G. avec Anaïs Denet