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"Trois, cinq ou dix mètres, ça fait rien du tout": la colère d'une maire, pas convaincue par les nouvelles distances minimales entre les zones d'épandage de pesticides et les habitations

Les agriculteurs doivent respecter des distances minimales entre les zones d'épandage de pesticides et les habitations de 5 à 10 mètres selon les types de cultures.

Depuis mercredi, les agriculteurs doivent respecter des distances minimales entre les zones d'épandage de pesticides et les habitations. Entre 5 et 10 mètres selon les types de cultures, avec des possibilités de dérogation en cas d'accord local. L'interdiction va même jusqu'à 20 mètres pour la petite minorité de produits considérés comme les plus dangereux pour l'Homme. Pour les parcelles déjà semées, cette mesure ne prendra effet qu'au 1er juillet.

La largeur d'un parpaing sépare le jardin de Fabrice du champ voisin à Savigny-le-Temple en Seine-et-Marne.

"Les engins agricoles venaient au raz du grillage. Tout ce qui était épandu derrière se retrouvait dans notre jardin et bien au-delà malheureusement", explique-t-il. 

Il y a 3 ans sa femme de 48 ans est morte d'un cancer, conséquence directe de ses épandages de pesticides selon Fabrice. "Quand je suis ici, je pense aux pesticides et je pense à son décès", confie-t-il. 

Désormais l'agriculteur ne pourra plus traiter à moins de cinq mètres du jardin. Une mesure ridicule pour Fabrice. "On imagine que cinq mètres plus loin je suis à l’abri. Des gens vont continuer de mourir", argue-t-il. 

Les agriculteurs envisagent une mobilisation

La maire de la commune Marie-Line Pichery a pris un arrêté en septembre dernier interdisant l'épandage à moins de 150 mètres des habitations. Une mesure d'urgence. "Sur 100 habitations, vous avez 10 cas de cancer", affirme-t-elle. 

Mais l’arrêté a été suspendu par la préfecture, mais Marie-Line Pichery se battra jusqu'au bout pour le faire appliquer.

"On se moque de nous en fait quelque part. Trois, cinq ou dix mètres ça fait rien du tout. On croit contenter tout le monde, mais c’est une non-réponse en vérité. Circuler il n’y a rien à voir, on continue comme avant. Moi, je crois qu’il faut refuser ce ‘on continue comme avant’", indique la maire.

Quant aux agriculteurs, eux aussi n'en resteront pas là. Ils comptent se mobiliser en février pour demander la suppression de ces zones de non-traitement. 

Romain Poisot avec Guillaume Descours